dimanche 12 juillet 2015

Ulcinj et un premier aperçu de l'Albanie

Salut! C'est François qui écrit!

Après un déjeuner de gruau agrémenté des figues de la veille, on s'est dirigés vers la vieille ville pour explorer Ulcinj. Ulcinj est une ville où la majorité des habitants est d'origine albanaise, et le feeling est donc différent du reste du Montenegro. On y trouve de vieilles mosquées, une vieille ville et - bien sûr - des plages. On a d'abord visité la vieille ville, épargnée (pour l'instant) par le tourisme de masse et ses boutiques, puis on a longé la plage principale. Notre but de la journée était cependant de se rendre à une autre plage ("Long Beach"), situé à 5 km du centre. Et attention: cette plage-là était constituée non pas de galets mais bien de sable, une rareté ici!

Pour s'y rendre, la proprio de l'hostel nous avait suggéré de suivre le sentier qui longeait la côte (et qui n'était pas indiqué dans le Lonely Planet, décidément peu renseigné sur la région). On a donc marché pendant une heure sous les pins, le long de petits caps et baies baignés par une mer couleur d'azur (je sais, la vie n'est pas facile). Chemin faisant, on s'est arrêtés par deux fois pour observer des tortues! Et de grosses tortues, environ larges comme une assiette! On a aussi vu plusieurs lézards, mais c'est un peu moins cute que les tortues!

Quand on est finalement arrivés à la longue plage, le temps maussade s'était installé et il menaçait de pleuvoir. Tant mieux: il y avait donc moins de monde! On s'est installés sous un parasol, et on a grignoté les quelques cochonneries qu'on avait acheté pour l'occasion. Bon, ce n'était pas nécessairement la meilleure journée pour aller à la plage (au bout d'un moment, Mémé s'est emmitouflée dans sa serviette car le vent la frigorifiait), mais on en a tout de même profité un peu! Mémé a beaucoup aimé regarder la fille qui se faisait photographier en prenant des poses quétaines sur la plage près de nous! Au bout d'une heure, la pluie a cependant eu raison de nous et nous nous sommes décidés à lever le camp.

Après une petite marche sur la plage (sous la pluie), on est revenus vers Ulcinj via la grande route. Pour une fois, l'info touristique a été utile, en nous indiquant le chemin à prendre pour revenir! En ville, on a éventuellement croisé le monument dédié à Mère Teresa,  ce qui ne laisse plus aucun doute sur le fait que la majorité des habitants sont ethniquement albanais! En effet, en dépit du fait qu'elle ne soit pas née en Albanie et n'y a mis les pieds qu'en 1991, Mère Teresa (Nënë Teresa en albanais) est ethniquement albanaise, et est à ce titre l'une des plus grandes fiertés du pays. D'ailleurs, on croisera plein d'autres statues et monuments dédiées à la célèbre religieuse lors de notre passage en Albanie. Sur la même place d'Ulcinj où se trouve la statue figure également une plaque commémorative, offerte aux citoyens d'Ulcinj par le Kosovo voisin pour saluer la générosité de la ville envers les réfugiés kosovars qui fuyaient la guerre, en 1999. C'est assez fou de penser que ces événements ont eu lieu il y a à peine 16 ans! La veille, on avait aussi discuté avec le chum de la proprio de l'hostel des années où la Yougoslavie était en guerre civile (1993-1995). Ce dernier avait fui le pays afin d'éviter d'être conscrit dans l'armée, une décision qui lui a peut-être sauvé la vie! Quant à la proprio, elle se souvenait du difficile rationnement (de nourriture) imposé aux citoyens serbes lors du conflit de 1999 avec le Kosovo (le Montenegro était alors intégré à la Serbie, et l'Occident avait imposé un blocus économique sur le pays, dont l'armée commettait des exactions contre les Kosovars). Sa mère envoyait ses filles (dont notre proprio) à différents points de rationnement dans la ville où ils vivaient, afin qu'ils puissent avoir davantage que la maigre quantité de nourriture qu'on leur octroyait! C'était très intéressant d'entendre ce point de vue et de mettre un visage sur les victimes collatérales de ces conflits. D'autant plus qu'il est important de pouvoir faire la différence entre le gouvernement serbe de 1999 sous Milosevic et son armée, coupables d'une politique de nettoyage ethnique envers les Kosovars dépeinte en Occident comme criminelles (à juste titre), et les citoyens ordinaires (en particulier ceux qui ne se sentaient pas tout à fait serbes, dont les Monténégrins) qui subissaient les conséquences de ces actes répréhensifs. En tout cas, le mordu d'histoire que je suis était vraiment passionné par ces récits!

De retour à l'hostel, on a été heureux de constater que nos vêtements, que Mémé avait mis à sécher sur le toit, n'avaient pas été mouillés à nouveau par la pluie parce que la proprio avait pris la peine les enlever! Merci! On a ensuite discuté un peu avec d'autres touristes, puis on est partis dîner. En chemin, on a croisé une portée de plusieurs chatons qui n'ont pas manqué de ravir Mémé!

La proprio nous avait recommandé un resto typique et pas cher, où on a pu déguster des poivrons farcis et des bines avec de la viande (bon, le second plat n'a pas l'air très bon comme ça, mais c'était réellement délicieux). Une fois rassasiés, on est revenus à l'hostel ramasser nos affaires et faire nos adieux, puis on est partis vers la gare. Direction: Shkodra, la grande ville du nord de l'Albanie! Après environ une heure de trajet à travers la campagne dans un vieux bus surchauffé par le soleil, on est arrivés à la frontière. Comme c'est apparemment la norme ici quand on traverse une frontière en bus, on a fait comme tous les passagers et on a remis nos passeports au chauffeur. Seul ce dernier va voir le douanier, qui  normalement étampe le tout. Lorsque nous avons eux à nouveau nos précieux documents, une fois la frontière franchie, on a eu la surprise de constater que l'on n'avait pas d'étampes de sortie du Montenegro (pas très grave) mais aussi d'entrée en Albanie (peut-être plus grave, car ça pouvait potentiellement entraîner des problèmes à la sortie). Le chauffeur a eu tôt fait de nous dire de ne pas nous en faire, en nous disant que tout était dans l'ordi des douanes. Ah bon... (finalement, il n'y a eu aucun stress à la sortie du pays!)

C'est le moment de vous faire un bilan de nos impressions du Montenegro! En gros, c'est un bien beau pays, relativement peu dispendieux (pour l'Europe), peuplé de gens très aimables et ayant une cuisine excellente. Malheureusement, ce tableau est obscurci par le fait que le Montenegro est très touristique pour ce qui est de certains de ses plus beaux attraits (baie de Kotor et côte adriatique). Mémé a donc été déçue dans la mesure où elle espérait un pays moins foulé par le tourisme de masse. Pour ma part, malgré les touristes, je pense que le Montenegro est tout de même une destination à découvrir, ne serait-ce que pour les magnifiques baie de Kotor et lac de Skadar, que je recommande chaudement!

Une heure après avoir passé les douanes, nous parvenions à Shkodra. La première chose qui accueille le visiteur ici est l'imposant château qui domine le sud de la ville du haut de sa butte! Ledit visiteur qui arrive en bus du Montenegro est ensuite déposé à l'un des rond-points principaux de la ville. Pourquoi pas à la gare? Simple: en Albanie, les gares routières n'existent. Pourquoi? Sait pas. C'est comme ça. Les bus partent de différents endroits dans les villes pour différentes destinations, sans logique évidente. Malgré tout, on arrive quand même à s'y retrouver. Cela dit, c'est quand même plus facile avec une gare!

En sortant du bus, donc, on a erré un moment en cherchant un hostel. Un gars, du genre backpacker volontaire qui travaille dans un hostel, a tenté de nous convaincre de le suivre vers son auberge, mais il n'était pas trop vendeur... Après quelques égarements et après avoir marché sur la belle rue piétonne du centre historique, on a finalement trouvé Wanderers Hostel, une petite maison ottomane rénovée avec un petit jardin. Une fois nos affaires déposées et après avoir retiré de l'argent (la monnaie albanaise est le lek), on est allés se balader un peu en ville, profitant de la fraîcheur relative de la fin du jour. Dans les Balkans, ce moment de la journée est toujours le plus animé, sachant que les rues sont mortes entre midi et 16h, alors que la chaleur accable tout! Jeunes, familles avec enfants et personnes âgées revêtues de leurs plus beaux habits sortent tous dehors pour une promenade du soir!

Notre promenade, de la cathédrale à la mosquée, nous a menés à travers deux mondes, soit les rues mignonnes bordées de jolies maisons ottomanes et les grandes avenues bordés de bâtiments dans le plus pur style stalinien. Il y avait également eu des élections législatives récemment, et toutes les rues de la villes arboraient des fanions colorés. Ça faisait davantage penser à des décorations festives qu'à des publicités électorales: on devrait peut-être adopter ce style-là chez nous! Au fil de notre balade, on s'est bien rendus compte que l'Albanie est plus pauvre que son voisin monténégrin, bien que certaines villas poussent çà et là et qu'on aperçoit fréquemment des voitures de luxe (les mauvaises langues diront que ces signes extérieurs de richesse peuvent être rattachés à la mafia, très présente en Albanie, et il serait difficile de leur donner entièrement tort). Cela dit, on a immédiatement aimé l'atmosphère de cette ville sans prétention, amicale et joyeusement bordélique, où on s'est tout de suite sentis bien. C'est un sentiment dont l'origine est difficile à expliquer: certaines villes nous donnent cette impression, d'autres non!

On a soupé sur la petite rue piétonne que j'ai évoqué plus haut, sur une terrasse qui nous donnait l'occasion d'observer la faune urbaine qui se déployait en grand nombre près de nous. Premier constat frappant: ici, il y a beaucoup de "bromance", ou si vous préférez de manifestations physiques de l'amitié qu'un gars porte à un autre. Ici, les gars touchent les cheveux de leurs amis, leur prennent l'épaule, le bras, etc.! Ce n'est visiblement pas une manifestation d'homosexualité (encore difficilement acceptée dans ce pays tout de même conservateur), et c'est un peu déconcertant pour les Nord-Américains que nous sommes, habitués à peu toucher les autres (notamment entre hommes)! Parlant de gars: ici, les gars (ceux qui sont jeunes, s'entend) ont tous la même coupe de cheveux, soit rasé-dégradé sur les côtés et plus long sur le dessus, stylisé avec du gel, et sont tous habillés de manière semblable. L'impression qui en découle est que tous les jeunes hommes sont métrosexuels! Enfin, dernière observation: ici, les jeunes se tiennent ensemble: filles avec filles, gars avec gars. Quand il y a des couples (rarement), ceux-ci ne se tiennent pas par la main et évitent généralement les contacts physiques! Amusant quand on sait que les contacts physiques sont généralisés entre individus de même sexe!

On a terminé nos pâtes et notre risotto (davantage un riz aux légumes qu'un risotto, mais bon) et on a remercié notre dévoué et sympathique serveur, dont le look le rapprochait cependant plus d'un gangster que d'un honorable garçon de café! Enfin, remercié, c'est vite dit: le mot albanais pour dire merci est très complexe! Contrairement aux autres langues où "merci" se limite à deux syllabes généralement simples à mémoriser, le « merci" albanais en compte 5: faleminderit (qu'on prononce "Fa-lem-dé-ritt") L'albanais n'a rien à voir avec le serbo-croate (d'ailleurs, ici, on utilise l'alphabet romain et non cyrillique), et nos premières tentatives d'utiliser le "Hvala" monténégrin se sont heurtés à une incompréhension comparable à celle qui aurait été la leur si on les avait remerciés en chinois! Puis on a remonté l'autre côté de la rue piétonne noire de monde à cette heure nocturne (22h, oui ici tout le monde soupe tard), nous permettant de voir le Shkodra-by-night, très animé. À noter qu'outre le goût pour les promenade de soir, la vie albanaise tourne également autour des nombreux cafés bars qui sont le lieu de prédilection de tout le monde, jeunes et vieux. Ces établissements avec terrasses et petites tables, où on déguste un café turc ou une bière nationale (Tirana, Korça ou Kaon), pullulent dans toutes les villes et jusque dans les plus petits villages albanais. Ils sont toujours pleins, en particulier le soir, au point où on n'ose se demander quel pourcentage du salaire des gens est consacré aux cafés! Malgré cette manifestation de vie résolument urbaine, un détail nous a cependant rappelé que le pays demeure très rural quand on a vu un cavalier galoper avec sa monture à l'un des grands ronds-point de la ville!

De retour à l'hostel, on a préparé nos affaires en vue des prochains jours où on explorerait les Alpes albanaises! À bientôt donc pour la suite de notre séjour dans les "Montagnes maudites" du Nord albanais!

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