dimanche 4 octobre 2015

Berat

Rebonjour tout le monde! Ça faisait longtemps!

Après notre journée d’exploration de Tirana, on se disait qu’on avait bien vu la ville, et qu’il était temps d’explorer un peu plus le sud du pays. Direction: Berat, une vieille ville médiévale située à environ 3h de route de la capitale albanaise!

En déjeunant ce matin-là à l’hostel, on a jasé à un Australien bien sympathique qui avait de la famille à Calgary. Puis, au moment de partir, l’exubérant proprio de l’auberge, à qui on avait exposé la veille nos plans de voyage pour les prochains jours, nous a pris à partie: « Y’a un gars qui s’en va prendre un bus vers le sud du pays aussi, je lui ai appelé un taxi, vous pourriez le prendre ensemble, vous allez au même arrêt d’autobus! » 

Bon. Vous nous connaissez, on évite toujours de prendre le taxi en voyage. Question de limiter les coûts et les possibilités d’arnaque, et aussi parce qu’on aime bien marcher dans la ville plutôt que de la découvrir de la vitre d’une voiture. Mais là, c’était tentant pour plusieurs raisons:


- On devait se rendre à l’endroit où les bus pour le sud partaient, et cet arrêt d’autobus était situé exactement de l’autre côté de la ville. Ce qui nous garantissait une marche de 30-40 minutes sous le soleil avec nos gros backpacks. C’est sûr que si on pouvait se l'éviter…
- Le prix de la course du taxi avait déjà été négociée par un Albanais et on savait précisément où on se rendait (pas d’arnaque, donc).
- On allait splitter les coûts avec une autre personne, ce qui revenait à quelques dollars pour deux.


Bref, un bon deal. On est donc partis avec le gars dans le taxi.


Grand mal nous en pris.


Après avoir tourné deux coins de rues, le backpacker avec qui on était embarqué s’est soudainement aperçu qu’il avait oublié son chargeur pour son téléphone cellulaire. Drame: il le lui fallait absolument. On a essayé de demander au chauffeur si c’était possible de retourner à l’hostel. Le chauffeur, naturellement, ne parlait qu’albanais et ne saisissait pas un traître mot de ce que nous lui disions. Il a alors sorti son téléphone cellulaire et a appelé quelqu’un qu’il nous a passé ensuite. Cette personne - que le chauffeur identifiera par la suite comme étant son fils - baragouinait à peine l’anglais et ne comprenait rien à ce qu’on lui disait! Finalement, le backpacker a décidé de descendre du véhicule pour revenir à pied à l’hostel, nous laissant en plan avec le chauffeur déboussolé qui avait bien du mal à comprendre la situation (que lui expliquait d’ailleurs comme il le pouvait son fils au téléphone). On a alors tenté de faire comprendre au chauffeur de continuer vers l’arrêt de bus. Sauf que notre ami, qui avait dû finir par saisir qu’on voulait revenir à l’hostel, nous ramenait plutôt vers l’auberge! Raaaaaah! On a donc fini par sortir 2 rues plus loin: on s’est épargnés un bon 2 minutes de marche… Gros niaisage!

Morale de l’histoire: ne plus prendre le taxi et, surtout, dépendre le moins possible des autres en voyage! 

C’est avec une Mémé ronchonne par rapport au foirage qui venait de se produire que je ferai le reste du trajet vers l’arrêt de bus, le long de la rivière qui divise Tirana en deux! Après une demie-heure de marche, le moral étant revenu, nous sommes arrivés à l’arrêt d’autobus, un genre de gros dépôt où des bus stationnés n’importe comment attendent leurs passagers pour partir dans un chaos typique des pays du tiers monde. Après avoir quitté Tirana, on a roulé sans histoires vers le Sud de l’Albanie. 3 heures plus tard, on arrivait à Berat. Première surprise: on arrivait dans une vraie station d’autobus! Assez incroyable dans ce pays! Cela dit, elle était située quelque part en périphérie de la ville, et notre guide de l’Albanie ne nous disait pas où sur la carte (N.B.: comme il n’y a pas de Lonely Planet « Albanie », on utilisait le Bradt Guide, qui s’est généralement révélé être un bon compagnon de voyage, malgré ses imperfections). Ne sachant pas trop où aller, on a demandé notre chemin à un gars de la station qui écoutait un film sur son ordi dans son bureau (disons qu’on ne le dérangeait pas tant que ça...). Il nous a ensuite bien gentiment indiqué où aller attendre le bus pour aller vers le centre.

Après un court trajet de bus, on est finalement arrivés au centre de Berat, un gros village historique récemment admis au patrimoine mondial de l'UNESCO. Berat est une ville surprenante, bâtie entre deux collines sur les deux rives escarpées d’une rivière brune et paresseuse. De chaque côté de la rivière, les maisons blanches semblent s’accrocher aux pentes, leurs fenêtres toutes orientées vers le cours d’eau. C’est cette singularité, qui crée un très bel effet, qui a valu à Berat son surnom de « ville aux 1000 fenêtres ». Pour ajouter au charme des lieux, un vieux château médiéval surplombe toute la vieille ville du haut d’un pic rocheux. Un bien bel endroit, en tout cas!


Par contre, avec le soleil de midi qui plombait, il faisait une chaleur infernale! Inutile de vous dire qu’il n’y avait presque personne dans les rues! On a traversé la rivière à la recherche de l’endroit où on passerait la nuit. Avant de partir de Tirana, on avait trouvé sur Internet une guesthouse qui nous semblait sympathique, et on s’est dits que ça ferait changement des auberges de jeunesse. On a donc marché dans les ruelles caillouteuses du quartier de Guerica avant de trouver le gîte en questions. En poussant la porte, on a découvert une cour intérieure pleine de vignes où régnait une ombre bienfaitrice! Notre hôte, Lorenç, un fumant personnage d’une cinquantaine d'années, nous a accueilli avec un large sourire. Après avoir déposé nos affaires dans notre magnifique chambre au plafond doté d’incroyables boiseries ouvragées (la maison, datant de l’époque ottomane, avait tout un cachet!), Lorenç a insisté pour nous préparer un café turc, le temps de discuter avec lui. Tout en buvant son café et son vin maison, il s’est mis à philosopher longuement sur la vie avec nous, puis, s’arrêtant subitement, nous a dit: « je vais vous mettre le CD où je chante ». Sitôt dit, sitôt fait: on a eu droit à un florilèges de chansons d’opéra interprétées par la voix incertaine et un peu fausse de Lorenç! Pour compléter le tout, il s’est ensuite mis à chanter lui-même haha! Bref, un drôle de bonhomme! 

Avec tout ça, on n’avait toujours pas dîné. On a donc remarché vers le centre où on a mangé dans un délicieux petit resto familial. Au menu: mish turli (un genre de ragoût de viande et de légumes), une soupe à la viande et un burek (bien meilleur que celui de Shkodra)! En plus, la madame nous a amené deux verres de kampot aux fruits (un genre de jus sucré)! Une fois rassasiés, on a replongé dans la fournaise extérieure et on s’est promenés un moment dans les petites rues du coin. Puis, on a lentement gravi la route de pierre qui menait vers le château. On a pris ça mollo en raison de la chaleur disons!


Une fois rendus, on a contemplé les murs de l’enceinte, puis on est entrés à l’intérieur. Le chateau de Berat a la particularité d’être encore habité. En fait, il serait plus juste de dire que les maisons situées à l’intérieur des murs sont habitées, car les vieilles ruines de la forteresse ne le sont pas! On s’est promenés le long des murs et au hasard des petites ruelles. On était pratiquement les seuls touristes, et on a donc eu le chateau quasiment à nous seuls (si l’on exclut une touriste japonaise occupée à faire de la photo)! Ce fut donc une balade très agréable, que même le fait d’être assailli par une madame qui vendait des cartes postales n’a pas perturbé (elle devait s’ennuyer la pauvre, il n’y avait personne)!

Après un moment, Mémé s’est mise à surchauffer et on a dû faire une pause à l’ombre. Du haut des murailles où l’on se trouvait, on avait une vue extraordinaire sur la vallée! Le côté bucolique de l’endroit a été mis en évidence quand un paysan est débarqué avec sa vache pour la faire paître près de nous! Quand Mémé s’est de nouveau sentie d’attaque, on a poursuivi notre exploration, visitant de vieux monastères et églises le long des murailles en ruine, en prenant de nombreuses pauses. Après avoir erré dans de nombreuses ruelles, on a fait à nouveau une petite pause dans un petit café, question de boire un petit quelque chose de rafraîchissant. Compte tenu de la chaleur, on prenait notre temps! Après un temps, alors que l’après-midi tirait à sa fin, on est redescendus de notre balade zen au château pour revenir en ville. En chemin, on a vu des tortues dans les fourrés!


La chaleur étant tombée, on est revenus dans le centre pour découvrir une ville métamorphosée! Déserte à midi, l’artère piétonne principale était maintenant noire de monde! Enfants, personnes âgées, jeunes couples, bandes d’ados: tout le monde se retrouvait dehors pour profiter de la soirée et envahir les parcs et les rues! On a marché un peu vers la partie plus moderne de la ville, découvrant en chemin une belle église en face de laquelle des prêtres bavardaient. Mémé a craqué pour les nombreux papys tirés à quatre épingles, qui tiraient un plaisir évident à observer le va et vient constant des passants, assis sur des bancs!

La nuit tombait et il fallait revenir à la guesthouse, parce Lorenç nous avait préparé un souper! On a donc regagné le quartier de Guerica, en traversant la rivière (ce qui nous a permis d’avoir un joli coup d’oeil sur les « 1000 fenêtres » de Berat, désormais illuminées dans le crépuscule. De retour dans la cour envahie de vignes, Loernç nous a servi un super repas de poisson, viande fourrée au fromage, patates et légumes, le tout arrosé de vin maison! Décidément délicieux! La bande sonore de la soirée n’a pas été cette fois le répertoire d’opéra de Lorenç, mais bien les deux chats qui se battaient entre eux pour avoir nos déchets de poisson!


C’est repus et plutôt fatigués qu’on s’est ensuite couchés pas trop tard, sachant qu’on se réveillerait tôt le lendemain pour avoir le seul bus de la journée qui se rendait vers notre prochaine destination: Gjirokaster! 

À bientôt!