Surprise, surprise! C’est Mémé qui se motive à écrire une entrée de
blog!
Levés au petit matin, on a englouti notre déjeuner. Nah, pas englouti,
parce que c’était vraiment dégueu comme déjeuner : un bon burek au
fromage! Tsé l’espèce de plat national de pâte frite avec à l’intérieur du
fromage cottage au goût de fromage andin (ie moche). Au moins le vieux papy « gardien
de nuit / homme qui travaille à l’hostel mais qui ne dit pas un mot
d’anglais » était bien mignon!
On a marché un peu vers le cinéma, d’où devait avoir lieu notre départ
en minivan vers le village de Koman. On y a rejoint un voyageur d’une
soixantaine d’année qui attendait lui aussi le minibus en retard en alignant
cigarette sur cigarette et en me permettant au passage de lui diagnostiquer une
belle bronchite chronique bien grasse…
Finalement, il y avait eu un quiproquo avec l’agence et il y avait 3
backpackers de trop pour le nombre de places du minivan, sans compter les deux
sièges devant nous qui menaçaient de s’écrouler à chaque freinement brusque.
Ingénieux comme tout habitant de pays en voie de développement, on a vite fait
de trouver un banc d’école, une chaise et une buche pour que tous puissent
passer un voyage des plus confortables, assis précairement au milieu de l’allée…!
C’est quand même un avantage des pays en voie de développement: chez nous, le
chauffeur dirait « désolé, il manque de place, vous prendrez le
suivant » alors que là-bas, il y a toujours une solution, aussi
broche-à-foin soit-elle!
Après deux heures de route défoncées qui serpentaient allègrement à
flanc de montagnes, on est arrivés au « village » de Koman,
c’est-à-dire quelques vieilles maisons décrépites. Mais on n’était pas rendus pour
autant : la minivan s’est ensuite engagée dans un tunnel à une voie,
creusé à la dynamite dans la montagne et qu’on avait laissé comme ça depuis,
sans le bétonner ni rien. C’était la roche directement, avec du filage en haut
et clairement pas assez de place pour rencontrer! Et puis, à la sortie du
tunnel, on tombait brutalement sur le « port » établi juste à côté du
barrage, avec ses deux 2 cafés et un hôtel. C’est là qu’on devait
attendre le traversier pour le lac de Koman, qui est en fait une rivière
artificiellement gonflée par un barrage. En attendant que le traversier arrive,
on a jasé un peu avec les autres backpackers qui comptaient faire exactement le
même trajet que nous, sauf pour deux Anglais qui s’étaient fait dire que la
boucle que nous allions faire pouvait aisément se faire en deux jours plutôt
que trois, question de pouvoir attraper à temps leur bus vers la Macédoine
(d’où partait leur avion). Un Albanais (qui travaillait dans un hostel à
Shkodra et qui était venu reconduire au traversier un couple de Français qui
s’étaient trompés d’heure pour le départ du minivan) les a vite ramenés à la
raison en leur disait que c’était pratiquement impossible à moins de se lever
extrêmement tôt pour commencer la randonnée du deuxième jour... En fait, le
plan était :
1.
Prendre le traversier vers Fierze
2. Prendre
un bus de Fierze vers Valbona
3. Dormir
à Valbona
4. Faire
une rando de 6-7h dans les montagnes vers Teth
5. Dormir
à Teth
6. Visiter
les attractions à Teth
7.
Revenir à Shkodra
L’Albanais de l’hostel était bien sympathique! En fait, il avait habité
à Montréal il y a une dizaine d’année en attente du statut de réfugié mais ne
l’avait finalement pas obtenu. Il nous a finalement quitté mais sa voiture ne
démarrait pas et finalement une autre auto a dû le traîner avec un câble! On
espère qu’il n’a pas dû faire toute la route avec un câble, parce qu’avec les
tournants et les descentes, ça allait droit à la catastrophe!
Vers midi, on est montés dans le gros traversier, étant tombés sur le
ferry le plus neuf des deux qui font le trajet (l’autre était amarré à Fierze
et est trop en mauvais état pour pouvoir être appelé épave). Du haut du pont
supérieur, on avait une vue de choix sur le spectacle qui s’annonçait à nous,
cette ride de ferry était décrite comme « one of the most beautiful boat
trip in the world » par le guide de voyage. Rien de moins! Et… on n’a pas
été déçus! Pendant deux heures ont défilé autour de nous des hautes gorges escarpées,
comme une croisière dans le fjord du Saguenay où les montagnes seraient plus
majestueuses et la rivière entre elles plus étroite! C’était tout simplement
fabuleux!
C’était tellement beau qu’on a même tenu à rester contre le vent
démentiel qui s’était levé un peu avant qu’on arrive à Fierze, dont le
« port » n’était guère plus qu’une cabane à laquelle était amarrée un
vieux bateau rouillé. Puis de là on a pris un minibus tous ensemble vers
Valbona, en s’arrêtant à Bajram Curri où on pas eu d’autre choix que de
déguster un autre burek dans une boulangerie pour dîner… On a aussi par la même
occasion essayé ce qui ressemblait à du sucre à la crème, mais qui goûtait
plutôt la mélasse! Ça nous a tout de même donné l’occasion de jaser avec deux
touristes français sympathiques!
Commentaire de François : Bajram Curri est l’une des deux places
en Albanie où le gouvernement canadien recommande de ne pas mettre les pieds,
en raison du fait que c’est un endroit moyennement recommandable, sous
l’influence de la fameuse mafia albanaise, et où les forces policières ont
apparemment peu d’emprise. La difficulté d’accès des Alpes albanaises en a
toujours fait une espèce de zone rebelle, situation aggravée par le fait
qu’elle soit toute proche du Kosovo et des troubles qui y ont eu lieu. Cela
dit, la réputation sulfureuse de Bajram Curri s’est estompée avec les années et
la plupart des autres gouvernements (USA, UK, France, Australie…) n’indiquent
pas à leur voyageurs de ne pas visiter la ville. On voulait cependant éviter de
s’y attarder : notre pause-dîner nous aura finalement contraints à y
séjourner plus longtemps que prévu!
Retour de Mémé : Arrivés 30 minutes plus tard à Valbona via une
route magnifique dans une vallée, tout notre petit groupe du matin a été déposé
par le chauffeur dans une des guesthouse du village (qui vit visiblement de
l’agriculture et, plus récemment, du tourisme). C’était plutôt mignon comme
endroit! Après, François et moi on est allés marcher dans le village, ayant
comme objectif secret de trouver un petit marché où acheter des provisions pour
la marche du lendemain, chose qui s’est terminée par un échec cuisant en voyant
la taille du village… Valbona est bien joli, dans une vallée encastrée entre de
hautes montagnes, dont certaines ont encore quelques taches de neige par-ci
par-là. On a longé un peu la rivière asséchée parsemée de bunkers datant de
l’époque communiste puis on a pris un petit sentier pour une marche dans la
forêt, cueillant au passage plein de fraises des champs pour remonter mon
moral-alimentaire bien à plat avec cette journée nourrie aux burek pas bons… On
a aussi croisé au passage un troupeau de moutons avec son jeune berger, qui
semblait bien content qu’on le salue!
Commentaire de François : vous êtes peut-être étonnés de voir
qu’on a vu des bunkers dans un village aussi perdu que Valbona. Eh bien sachez
qu’en Albanie, voir des bunker en ruines n’est vraiment pas extraordinaire. À
l’époque communiste (1944 – 1991), après s’être mis à dos tous ses alliés (y
compris la Yougoslavie, l’URSS et la Chine, pourtant aussi communistes) et
s’être retrouvé complètement isolé sur la planète, le gouvernement du dictateur
Enver Hoxha est rapidement devenu paranoïaque et s’est mis dans la tête que son
pays allait être envahi. Par qui, on ne sait pas, mais le régime croyait dur
comme fer qu’il était menacé par un ennemi extérieur. Pour y faire face, il a
ordonné la construction de bunkers dans
toute l’Albanie. Au total, on estime qu’il y en aurait 70 000 sur tout le
territoire, un chiffre hallucinant considérant la taille minuscule du pays!
Encore aujourd’hui, on en retrouve partout! Le moindre promontoire ou un simple
croisement de route est susceptible d’en cacher un ou deux! La plupart des
bunkers construits sont des genre de petits « champignons » de béton,
avec une ouverture derrière et une fente en avant pour tirer. L’endroit pouvait
apparemment accommoder 2 soldats (pas trop gros, en tout cas). Apparemment,
Enver Hoxha aurait demandé à ce que l’ingénieur qui a conçu ce modèle de bunker
typiquement albanais soit placé dans l’un de ceux-ci alors que des tanks lui
tiraient dessus! But de l’exercice : prouver la solidité de la structure.
L’ingénieur en serait sortie indemne (quoi que surement traumatisé pour la
vie), suite à quoi le régime communiste aurait ordonné qu’on en construise
partout. Autant vous le dire tout de suite : l’Albanie n’a jamais été envahie
depuis 1944 et les bunkers n’ont donc jamais servi! De l’argent public bien
investi!
Retour de Mémé : De retour à la guesthouse, on a rejoint les
autres backpackers (un couple d’Australiens, deux amis Australiens et les deux
Anglais) qui buvaient une bière hors de prix. Pour souper, on a opté pour le
poisson, que les employés du resto se sont empressés d’aller pêcher dans la
rivière juste à côté de la table où on s’était installés! Il y avait deux
filets dans la rivière qui empêchaient les poissons de s’évader et ces derniers
ne rechignaient pas à mordre instantanément au morceau de pain qu’on leur
tendait… C’était bien bon, outre le moment où ils ont cassé le cou des
poissons, ce qui a fait augmenter ma fibre végétarienne! On a passé une très
belle soirée à rigoler tous ensemble malgré l’accent à moitié incompréhensible
d’un des Australiens. La soirée s’est conclue par un spectacle de lucioles
(ponctuée des exclamations des Anglais qui n’en avaient jamais vues!). Même si nous
on en avait déjà vu, c’était assez impressionnant: il devait y en avoir une
quarantaine autour de nous!
Il
commençait à faire pas mal froid (surtout pour les Australiens en short) alors
on est tous allés se coucher sagement vers 22h.
Le
lendemain, on s’est levés vers 8h et on a salué les deux Anglais qui n’étaient
visiblement pas partis aux aurores! Notre déjeuner constitué de pain, café,
œufs frits, fromage andin était agrémenté de lait frais bien grumeleux, que
personne d’entre nous n’a osé boire, sauf l’Anglaise qui a laissé échapper un « oh
my God this milk is awesome, I can’t remember the last time I tasted something
good like that »!
C’est
François qui continue à partir d’ici! Une fois rassasiés, on est partis tous
ensemble sur la route vers le fond de la vallée, sur fond de paysages
montagneux absolument magnifiques. Une randonnée de 17km nous attendait, avec
comme objectif le minuscule village voisin de Teth. La route a éventuellement
cédé la place à une piste de 4x4 qui zigzaguait dans le lit asséché d’une
rivière. Puis, on est réellement entrés dans la forêt, croisant çà et là
quelques fermes isolées arborant le drapeau kosovar (on est ici tout près de la
frontière). C’était bien bucolique, et, avec les autres marcheurs, l’atmosphère
était particulièrement bon enfant! Puis, le sentier s’est mis à grimper. D’
abord un peu, puis pas mal, et enfin beaucoup. À chaque montée, on voyait le
mur que formaient les hautes falaises devant nous, et on cherchait (en vain) le
col où on devait passer. Après une bonne heure de montée, on est arrivés sur
une plaine alpine, où on s’est rendus à l’évidence : on allait monter
jusqu’en haut de la montagne (2000 m), puis redescendre! Cela dit, le moral des
troupes était excellent, aidé en cela par le panorama sublime qu’on avait tout
autour de nous, et une température clémente (soleil et vent rafraichissant)! De
temps en temps, on distinguait sur les hautes cimes des étendues blanches que
l’on prenait pour la réflexion du soleil sur la roche. En fait, comme on a pu
le constater de près une fois rendus presque tout en haut, c’était bel et bien
de la neige, et nous étions à la fin du mois de juin! Dans un coin du monde où
il peut faire 35-40 à midi l’été, on ne s’attendait pas à ça! On est en
montagne, mais tout de même…
Finalement,
on a atteint le sommet! C’était bel et bien un col, mais très haut perché
disons! Quelques invétérés parmi le groupe (votre humble serviteur inclus) ont
tenu à se rendre au véritable sommet, un piton rocheux qui culminait tout près.
Comment vous décrire la vue, à part en usant d’innombrables superlatifs
admiratifs? Imaginez-vous une étroite vallée en « U » entourée de
tous côtés par des montagnes dont la base est couverte de verdure et les
sommets escarpés sont complètements dénudés, formant quasiment une palissade :
vous avez devant vous la vallée de Valbona! De l’autre côté, très loin en
contrebas à travers la forêt se trouvait quelque part le village de Teth, lui
aussi sis au fond d’une toute petite vallée. Au loin (mais pas tant que ça…),
les sommets qu’on voyait se trouvaient au Montenegro et au Kosovo. Bref, assurément
un des beaux points de vue qu’il m’ait été donné de voir!
Après
un moment, la troupe s’est ébranlée, car il fallait maintenant resdescendre
vers Teth. Ce qui, les marcheurs vous le confirmeront, est tout aussi difficile
que l’ascension, mais différemment, surtout quand les petites pierres du
sentier semblent se transformer en billes sous vos souliers! On a traversé de
superbes forêts, s’arrêtant au passage pour voir un gros lézard vert fluo.
Après peut-être une heure ou deux, on a fait une pause dans une petite cabane,
que son propriétaire avait transformé en café pour les randonneurs de passage.
On y a bu une limonade au son de la musique pop tonitruante que le propriétaire
des lieux a mis pour mettre de l’ambiance! Parce que tsé, c’est bien beau les
treks en montagne, mais ça manque de boum-boum!
Ça nous a tout de même permis de découvrir la pop albanaise, une
spécialité locale qui ne laisse pas de souvenir indélébile…
On
a continué notre descente, puis on est finalement arrivés à destination! Après
7 heures de marche, on avait traversé les montagnes pour arriver à Teth! Comme
Valbona, Teth est un petit village situé au fond d’une vallée, au milieu de
laquelle coule une rivière bouillonnante et turquoise. Un bien bel endroit,
encore plus isolé que Valbona : on n’y accède que par une route de terre à
une voie qui zigzague dans les montagnes (et qui ferme l’hiver), ou alors à
pied ou à dos d’âne! Fourbus mais contents, on s’est mis en tête de trouver un
endroit où dormir pour un prix décent. On a abandonné les Anglais, qui
s’étaient fait dire qu’il y avait finalement un bus pour Shkodra! On apprendra
le lendemain que ce n’était finalement pas vrai et qu’ils ont dû dormir sur
place… Alors qu’on marchait, on s’est fait aborder par un papi qui ne parlait
pas anglais mais qui, visiblement, cherchait à ce qu’on dorme dans son auberge.
C’est devenu comique quand il a appelé quelqu’un au cellulaire (qui s’est
révélé être son petit-fils, qui parlait à peine mieux anglais que lui) et qu’il
a donné le téléphone à l’une des filles du groupe! Pour une raison quelconque,
ça n’a pas marché… On a finalement dormi dans une petite maison qui faisait
face à la rivière, et qui était tenue par une madame et sa fille (laquelle
parlait un assez bon anglais et étudiait le droit à Tirana… mais elle revenait
à Teth l’été pour la saison touristique). Un bon deal : le prix incluait
l’hébergement, un souper, un déjeuner, une excursion en jeep vers un petit lac
le lendemain et le retour à Shkodra ensuite!
Il
était environ 17h et le souper allait être prêt à 20h. «
Vous avez le temps de vous rendre à la cascade » nous a alors dit la jeune
femme de l’auberge! On avait déjà beaucoup marché, mais pourquoi pas? On a donc
suivi un sentier le long de la rivière, traversant au passage une autre partie
du village. On est passés tout prêts de l’une des curiosités locales, une tour
fortifiée. Petite, étroite et haute
d’environ deux étages, percée de meurtrières, la chose n’était pas
particulièrement impressionnante… sauf quand on sait que ça servait de refuge
en cas de vendetta. Comme nous, vous ignorez sûrement que l’une des charmantes
coutumes locales de cette région sauvage de l’Albanie est la vendetta. Les
montagnes du coin n’ont en effet jamais vraiment été soumises à une autorité
susceptible d’y faire appliquer un système de droit, avec les punitions qui
vont avec pour ceux qui transgressent les règles. Pour y suppléer et pour
assurer l’ordre, les différentes familles habitant la région basaient donc leurs
rapports sociaux sur une loi assez simple basée sur l’honneur : si
quelqu’un tue quelqu’un d’autre, alors la famille de la victime aura le droit
d’assassiner un homme (les femmes étaient épargnées) de la famille du tueur
(ou, évidemment, le tueur lui-même). Autrement dit, œil pour œil, dent pour
dent… La vendetta était née! L’objectif étant qu’au final, personne ne
déclenche les hostilités, parce qu’autrement, ça pouvait durer longtemps! Pour
parer à la tentative d’assassinat, l’homme visé par une vendetta pouvait donc
se réfugier dans la tour en question, où il pouvait se terrer en attendant ses
ennemis, le fusil à la main… Un beau destin! La plupart des tours de ce genre
ont été détruites sous la période communiste, mais pas celle de Teth, qui se dresse
dans le village tel un lugubre témoin d’une époque pas si lointaine (cette
pratique moyenâgeuse avait encore cours jusqu’à la 2e guerre
mondiale!)…
Nous
marchions donc le long de la rivière, dans un décor toujours aussi magnifique.
Soudain, on a entendu un gros bruissement dans les fourrés un peu plus loin!
L’Américain, ancien soldat, qui marchait en tête avec Mémé, s’est retourné vers
tout le monde en nous disant, vaguement inquiet : « OK, ça se peut
que ce soit un sanglier. Ça peut être mauvais, un sanglier, alors faut essayer
de pas paniquer si on en voit un et
reculer doucement ». Sur les entrefaits, on entend un autre bruit
fort et un violent bruissement d’herbes! Effrayée, Mémé a par réflexe enfoncé
brusquement ses deux mains dans les flancs de l’Américain en se cachant
derrière lui! Et c’est là qu’on a vu arriver… une grosse vache qui se promenait
tranquillement dans le sentier! Haha! Une grosse peur pour rien!
Pour
se remettre de nos émotions, on a fait une pause snack à un kiosque plus loin
où un enfant vendait des cossins (Mémé: i.e. le seul endroit du village où on
pouvait acheter à manger, à mon plus grand désespoir), puis on a monté les
derniers mètres vers ladite chute d’eau.
Encore une fois, un très bel endroit!! J’en ai profité pour marcher un
peu dans le bassin d’eau en bas de la chute. Même si c’était difficilement
supportable tellement l’eau était froide, une fois sorti l’effet était fabuleux
sur mes pieds meurtris par une journée entière de marche! Puis, les deux
Australiens qui étaient les bouffons de service ont entrepris d’aller placer
une canette de bière vide de l’autre côté de la rivière et de tester leurs
talents de tireurs en y lançant des pierres. Finalement, tout le monde s’est
joint à cet exercice profondément idiot mais bizarrement satisfaisant, jusqu’à
temps que la canette soit finalement atteinte haha! Soit dit en passant, les
deux Australiens n’ont jamais pu correctement prononcer mon prénom, y
substituant « Frenchy » qui fut mon surnom tout le long du périple!
On
est ensuite revenus au village au coucher du soleil, le long d’un petit
ruisseau et en traversant la cour d’une maison où j’aurais assurément laissé ma
vie si le monstrueux chien qui grognait et jappait n’avait pas été attaché ! On
est revenus juste à temps pour souper, une bonne chose sachant qu’on n’avait
pas vraiment dîné, si ce n’est quelques collations! La bouffe était
extraordinaire : viande de porc grillée, pain de campagne maison, salade,
fromage au goût étonnamment bon (on aurait dit du bleu!), patates frites au
four et bières albanaises! La seule chose moins bonne était la soupe au beurre,
mais bon, Mémé elle a bien aimé! Le
souper aurait été idyllique si ce n’était pas le moment qu’avait choisi le
bulldozer du village pour râcler le fond de la rivière face à nous haha! On
apprendra le lendemain que c’était l’endroit où les véhicules traversent le
cours d’eau à gué! Puis on a dormi, épuisés après cette grosse journée!
Le
lendemain, je me suis un peu promené dans le village avant le déjeûner.
Objectif : aller voir de plus près la jolie petite église! Sise au milieu
des champs, avec les montagnes en arrière-plan, ça faisait un bien beau
panorama! De retour à l’auberge, on a ensuite déjeûné (pain, beurre, formage et
confiture). Puis, l’un des cousins de la
famille est arrivé avec son jeep. On s’est serrés (il n’y avait définitivement
pas assez de place pour tout le monde), on a traversé la rivière à gué (!!!) et
on est partis sur une piste défoncée, pleine de trous et de ruisseaux, à flanc
de ravin. Objectif : le Blue Eye, un étang bleuté très profond qui se
trouve à la source d’une des rivières du coin. Après 40 minutes de machine à
laver, on est sortis et on a débuté notre randonnée à flanc de montagne
(encore!). Une demie-heure plus tard, on arrivait au fameux Blue Eye! L’étang,
entouré de parois rocheuses et de végétation, se trouvait au fond d’un petit
canyon. Une cascade émergeait d’une des parois pour se jeter dans le puits
d’eau, lequel était d’un bleu électrique. On est restés un moment à regarder le
tout avant – évidemment – que quelqu’un se mette en tête de s’y baigner. Je
n’ai pas voulu être en reste et m’y suis lancé aussi… pour en sortir 2 secondes
plus tard comme tout le monde!!! L’eau était tellement glaciale qu’elle coupait
le souffle! Heureusement que le soleil a contribué à nous sécher! Avant de
partir, les Australiens se sont amusés à lancer quelques roches dans l’eau
pendant un bon moment. Au moment où j’aillais commencer à les imiter - j’en ai
lancé une seule, et une petite -, une madame albanaise qui était là m’a vu
faire, et m’a apostrophé : « Hey! Why? Don’t do it again! ». Je
me suis donc excusé, un peu piteux, sous
les remarques faussement désapprobatrices des Australiens qui me narguaient,
goguenards, avec de grands sourires narquois! Ahlalala, c’est toujours moi qui
me fait prendre!
On
a marché pour revenir aux jeeps, et on est partis ensuite sur la même piste
pourrie pour revenir à Teth. Là, une autre jeep nous attendait, ce qui a permis
que l’on fasse le voyage vers Shkodra un peu moins tassés! On a aussi pris au
village un vieux monsieur, qui a jasé à Mémé un bon bout de temps. C’était un
ancien diplomate suisse (!) qui avait été posté en Albanie au tout début des
années 1990, alors que le pays émergeait de la pénombre du communisme. Une
période trouble mais fascinante, qui lui a même inspiré un livre. L’homme était
depuis tombé amoureux du pays, et revenait plusieurs fois par année à Teth, où
il avait maintenant une maison. Détail amusant : il a tenu à parler à Mémé
en anglais pendant un bon moment, même quand il a dit que sa langue maternelle
était le français et que Mémé lui a alors répondu en français! Ce n’est qu’après
une demie-heure qu’il a cliqué! On n’a pas trop compris pourquoi haha!
Pour
sortir de Teth vers Shkodra (une distance de 70km mais près de 4h de route), il
faut – encore – franchir une chaîne de montagnes avant d’arriver vers une
vallée voisine qui descend vers la ville. Ce qui signifie suivre un chemin de
terre à une voie qui serpente à flanc de montagne, sans garde-fous! Inutile de
vous dire que la vue était magnifique, mais que ceux qui ont le cœur fragile
doivent s’abstenir! En chemin, notre conducteur s’est arrêté dans une maison
pour y acheter ce qui semble être un dessert particulièrement apprécié en
Albanie : les croissants fourrés à la cerise (produits industriellement et
emballés individuellement comme des Jos Louis). On avait eu ça comme collation
sur le bateau entre Koman et Fierza, et ce n’était pas renversant… On a ensuite
repris la route puis fait une pause au sommet de la montagne, question de se
délier les jambes. C’était plus facile par la suite : la route avait été
nouvellement pavée et dotée de garde-fous. Le reste du chemin, dans la vallée,
s’est fait relativement bien, même si la route pavée encourageait notre
chauffeur à appuyer l’accélérateur sur la route toujours à une voie. On a
d’ailleurs passé proche de faire des accidents à quelques reprises…
Finalement, on est revenus en ville! Non sans un certain pincement au cœur, on
a salué tout le monde et on s’est séparés. De notre côté, on est partis vers
notre hostel avec le Hollandais et l’Australienne. L’après-midi était déjà bien
entamé, mais on n’avait pas encore dîné alors on est allés casser la croûte
dans un des restos de la jolie rue piétonne de Shkodra. On était à peine
installés qu’on s’est rendus compte que le reste de notre compagnie de
randonneurs avait eu la même idée et qu’ils s’étaient assis à une terrasse un
peu plus loin! Le Hollandais et moi, on a pris des « boulettes de
Korça » comme plat (des genres de boulettes de bœuf avec une sauce
tomate), accompagnées d’une salade d’olives. Mémé a eu la main heureuse avec
son assiette végétarienne et ses 1000 salades, même si ça lui a couté plus cher
que prévu! Anecdote un peu grinçante : à la fin du diner, un petit garçon
de genre 10 ans en surpoids est venu nous demander de l’argent (après avoir
fait de même avec nos amis un peu plus loin).
Selon les gestes évidents qu’il faisait, c’était soi-disant pour manger.
Même si ça fend un peu le cœur, vous savez déjà qu’on ne donne généralement pas
d’argent aux mendiants en voyage (surtout aux enfants), pour ne pas encourager
ce comportement… Surtout quand on sait que derrière les enfants, il y a souvent
des adultes qui poussent ceux-ci à mendier et à leur rapporter l’argent
ensuite… Cela dit, il nous restait des tranches de pain auxquelles personne
n’avait touché : Mémé s’est donc dit qu’on pourrait lui donner. S’il avait
faim, maintenant ou plus tard, voilà toujours quelque chose qui pourrait
l’aider. Eh bien non. L’enfant a fait la moue dès qu’il a vu que Mémé lui
tendait de la bouffe plutôt que de l’argent, s’est renfrogné puis a quitté notre
table! Tirez-en les conclusions que vous voudrez, mais s’il avait été vraiment
sincère, sa réaction aurait probablement été différente! En tout cas…
Après avoir
à nouveau salué tout le monde du groupe, le Néerlandais et nous sommes partis
vers l’un des rond-points principaux de Shkodra afin d’y prendre un minibus
vers Tirana, la capitale. Au cours du trajet, devinez qui on a vu en plein
milieu de nulle part, sur le bord de la route? Les Anglais qui voulaient faire
le trek en deux jours et qui devaient prendre leur avion en Macédoine le
lendemain! Va savoir ce qu’ils faisaient en rase campagne sur le bord de la
route principale Shkodra-Tirana, mais il y a fort à parier qu’ils ont dû rater
leur vol! Après 2 heures de route, le
minibus nous a débarqués à un gros rond-point de Tirana. Le Néerlandais était
déjà passé à Tirana avant et connaissait un bon hostel où se poser : on
l’a donc suivi alors qu’il nous guidait dans la ville. Première impression : alors que Shkodra
a su garder son âme ottomane, avec ses petites rues et ses vieilles maisons,
Tirana, elle, a subi de plein fouet les assauts des urbanistes communistes! On
y retrouve le même genre d’immeubles en béton et de bâtiments staliniens qui
font la renommée des pays de l’ex-bloc de l’Est. Pour utiliser des points de
comparaison qu’on connaît, Tirana ressemble en fait beaucoup à Almaty
(Kazakhstan) ou à Bishkek (Kirghizstan). Et on y retrouve le même genre de
vibe : une ambiance urbaine bon enfant, un peu bordélique mais résolument
sympathique. Le genre de ville sans prétention où on se sent rapidement à
l’aise. On a donc rapidement adopté Tirana!
Après avoir
marché un moment, on a abouti dans une cour dans le fond d’une ruelle d’une rue
un peu louche. Devant nous, une porte où ne figurait aucune indication. Euh… on
est bien à la bonne place? Puis, la porte s’ouvre sur une cour pleine de divans
et de tables, avec un arbre. Bienvenue au Trip N’ Hostel! On y a immédiatement
été accueillis par un couple de Français bien avenants (Didier et Karine), qui
travaillaient comme volontaires à l’auberge. En fait, ils ont comme projet de
se rendre en vélo jusqu’en Asie, en dormant le plus possible chez les gens! Là,
ça faisait quelques mois qu’ils étaient à Tirana où, en échange de leur
travail, ils dormaient et mangeaient gratuitement!
Il était
tard et on avait faim. Pourquoi ne pas essayer un resto typiquement albanais?
Direction le Oda, avec le Hollandais! Tenu par une dame ne s’exprimant qu’en
albanais, l’endroit était bien sympathique et proposait en effet un vaste choix
de plats qui ne nous disaient rien. On a finalement eu droit à une orgie de
bonnes choses : agneau, fèves, aubergines gratinées, légumes grillés… le
tout arrosé d’un pichet de vin albanais (ce n’était pas le meilleur, mais bon)!
Un bien bon souper… qui s’est terminé comme il se doit ici, c’est-à-dire avec
un shooter de raki! Verdict : le raki albanais est bon et vaut bien celui
du Montenegro!
De retour à
l’hostel via les rues mal éclairées du coin (il est heureux que Tirana soit une
ville sécuritaire), on a terminé la soirée en allant regarder les étoiles du
haut de la terrasse du toit de l’auberge. On y a retrouvé Karine, à qui on a
jasé un bon moment! Puis, on est redescendus dormir!
Ouf, voici
une longue entrée de blog! Elle relate par contre ce qui a définitivement été
le highlight du voyage, c’est à dire notre épopée dans les montagnes
albanaises! Si vous allez en Albanie un jour, ne vous posez pas la question :
c’est un must! Et, gros bonus : c’est encore très peu touristique et très
authentique!…
À bientôt!