Bonjour! C’est toujours François!
On s’est levés tôt (6h45) ce matin-là, car l’inflexibilité des horaires de bus et notre désir de faire deux villes dans la journée nous y obligeait! On a mangé des crêpes avec un Américain de San Francisco bien gentil, mais qui, visiblement, ignorait jusqu’à l’existence du Québec:
François : « We come from the French part of Canada »
Gars de San Francisco « They talk French in Canada? «
François: « Well, yes, mostly in Quebec. That’s where we live »
Gars de San Francisco: « Quebec? Where is that? »
François: « In the eastern part of Canada »
Gars de San Francisco: « Oh. I see. »
OK, il venait de la côte Ouest et vivait donc loin du Québec, mais quand même!
Après cet épisode, on est partis vers le centre-ville pour prendre le bus vers Butrint, notre destination du matin. Malheureusement, on a attendu le bus assez longtemps en raison du fait que les horaires fournis par l’hostel et ceux de l’arrêt de bus ne concordaient pas… À un moment donné, un bus est arrivé et on est embarqués, croyant que c’était le bon. On a cependant compris avant qu’il ne parte qu’il ne se rendait qu’à un resort un peu plus loin appelé Santa Quaranta, et qu’il était pour l’instant occupé par des employés de l’endroit en question. Ces derniers, des ados un peu caves, ont ensuite tenté de faire croire à de vieux touristes qui se rendaient aussi à Butrint d’embarquer sur leur bus! Il a fallu que Mémé leur dise qu’ils les menaient en bateau pour qu’ils descendent, alors que les employés gloussaient stupidement. Sérieux, c’est un peu cheap d’abuser des (vieux) voyageurs comme ça, gratuitement, pour le simple plaisir de les voir se perdre!
Finalement, le vrai bus pour Butrint a fini par arriver: un vieux machin sale, pourri et suffoquant, aux vitres couvertes de buée. En plus, il était bondé, les gens se tenaient debout dans l'allée! On a fini par trouver des sièges tout au fond, avec des touristes russes, puis on est partis pour un trajet d'une vingtaine de kilomètres que le bus a parcouru lentement, en s'arrêtant partout. On se trouvait dans une portion particulièrement touristique de la Riviera albanaise, et, une fois sortis de Saranda, la route passait par une succession de stations balnéaires. Dans le bus, Mémé a sympathisé avec un jeune Kosovar qui parlait 3 mots d'anglais mais qui a tout de même tenu à lui montrer de multiples photos de sa blonde et de sa mère.
Après avoir dépassé les resorts, on est finalement arrivés dans une portion un peu plus sauvage du littoral, et le bus nous a finalement laissés au site de Butrint, situé dans un marais. Butrint est situé tout au sud de l'Albanie, à la frontière avec la Grèce. L'intérêt de l'endroit, qui est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, est qu'il s'agit en fait d'un site archéologique remarquable, qui a été tour à tour colonie grecque, romaine et byzantine avant d'être abandonnée. Butrint se trouve sur une presqu'île sur un lac salé relié à la mer toute proche, un lieu stratégique et protégé entouré de terres fertiles, ce qui explique pourquoi l'endroit a si tôt été colonisé. Aujourd'hui, c'est un parc national et l'une des destinations les plus visitées d'Albanie (c'est un pit stop prisé pour les croisiéristes qui font le tour de la Grèce). À voir le nombre d'autobus nolisés dans le stationnement et les différents groupes de croisiéristes âgés en débarquer, précédés de leur guide avec un drapeau, on sentait tout de suite qu'on était de retour sur l'autoroute touristique!
En arrivant à la caisse où on devait payer les droits d'entrée, Mémé a vite constaté que les tarifs de groupe (5 personnes et plus) étaient bien plus avantageux que le prix d'une entrée individuelle. Trois vieux touristes sud-africains bien comiques en étaient venus à la même conclusion que nous et on s'est donc mutuellement proposé de se présenter comme un groupe à la caissière. Malgré la disparité entre ces touristes de 65 ans à grosse caméra dans le cou et nous, notre improbable tandem québéco-sud-africain a réussi à bénéficier des rabais de groupe, au grand bonheur de tous ses membres!
On a ensuite laissé nos compagnons de fortune et on s'est lancés dans l'exploration des ruines. On n'était pas sûrs au début, mais l'endroit s'est vite révélé plutôt impressionnant: on a pu voir les ruines d'un théâtre romain très bien conservé, d'un thermes romain (avec des mosaïques de l'époque encore visibles), d'un temple et de ses colonnes debout, des vieux murs qui ceinturaient la ville, d'une église byzantine, d'une porte fortifiée datant de la Grèce antique... Bref, c'était une plongée dans l'histoire bien intéressante, pour nous qui n'avions jamais vu ce type de vestiges! Après avoir dépassé plusieurs groupes de croisiéristes précédés de guides avec drapeau, la visite s'est achevée au château surplombant la presqu'île, d'où on avait une vue splendide sur les environs (le lac, les montagnes, les champs, la mer et, au loin, l'île de Corfou). On a visité le musée du château, qui à défaut d'être réellement intéressant sentait beaucoup l'humidité, puis on est revenus dans le stationnement afin d'attendre notre bus de retour.
Après un bon moment, notre cher bus pourri est venu nous récupérer et on est revenus à Saranda. Là, j'ai rapidement été récupérer nos sacs à l'hostel pendant que Mémé arrêtait dans un petit resto pour nous prendre des gyros à emporter, puis on est partis vers la place centrale afin d'attraper notre bus pour Himara, une ville balnéaire à 4h au nord de Saranda. On avait intérêt à l'attraper: c'était le seul bus de la journée vers cette destination!
Une fois arrivés à l'arrêt de bus, on a attendus sous un soleil de plomb en mangeant nos gyros. Finalement, pour une raison mystérieuse, il n'y avait pas de bus pour Himara, mais seulement pour Vlorë. Heureusement, ce bus arrêtait aussi à Himara! Ouf! Le minibus était plein à craquer (décidément, c'était la journée), on s'est installés juste devant un gars échappé des années 70 (son look était fabuleux: chemise fleurie ouverte sur son shag, cheveux longs, moustache), et on est partis. Le bus faisait régulièrement des bruits bizarres, un peu sourds: on a finalement constaté que c'était le micro du chauffeur (?) qui accrochait régulièrement quelque chose, ce qui produisait les sons étranges en question!
Peu avant de sortir de Saranda, on a par contre entendu un gros boum derrière nous: deux voitures venaient d'entrer en collision! Heureusement, il ne semblait pas y avoir de blessés, mais ça nous a rappelé la fréquence des accidents de la route en Albanie!
Pendant quatre magnifiques heures, le bus nous a ensuite trimballés, cahin-caha, sur des routes peu empruntées entre mer et montagnes. Les pentes arides et brunies allaient mourir dans la mer turquoise en contrebas, alors que des plages de galets s'étendaient un peu partout le long du rivage. Dans cette chaude après-midi ensoleillée, on traversait de temps à autre un village endormi dont on devinait le rythme ralenti par la chaleur. Bienvenue dans la partie nord de la Riviera albanaise, nettement moins touristique qu'autour de Saranda et, à mon avis, bien plus jolie!
Comme si le paysage ne suffisait pas, la route nous a aussi permis d'apercevoir quelques curiosités de ce coin peu fréquenté d'Albanie. On a ainsi pu voir, sur une presqu'île rocheuse, les ruines d'un château ottoman, et, peut-être encore plus particulier, une base de sous-marins creusée à même une falaise. La question qui vous brûle les lèvres: un pays aussi pauvre que l'Albanie possède des sous-marins? En fait, non. La base a été creusée par l'URSS du temps où l'Albanie et l'Union soviétique étaient alliées. À l'époque, c'était un lieu hautement stratégique et menaçant pour les Occidentaux, qui contrôlaient le reste de la Meditérannée. Quand l'Albanie s'est brouillée avec l'URSS, cette dernière n'a cédé sa base à l'Albanie qu'à contrecoeur, en rapatriant tous ses vaisseaux de guerre. L'Albanie en a hérité mais n'y a jamais installé de sous-marins, sachant qu'elle ne pouvait les construire elle-même et que son isolement à la fois du camp communiste et du camp capitaliste faisait en sorte qu'elle ne pouvait en acheter à personne (à supposer même qu'elle en ait les moyens). Aujourd'hui, l'endroit est encore une base militaire occupée, au moment de notre passage, par un minuscule navire de guerre...
À notre arrivée à Himara, on a d'abord marché vers notre hostel, un peu hors de la ville. Malheureusement, il n'y avait plus de chambres doubles, mais le gars de la place nous a proposé de nous emmener à un autre hôtel. On est donc montés dans son jeep à deux places: Mémé avec le gars en avant et moi avec les backpacks dans la boîte en arrière! Je ne sais pas si vous avez déjà voyagé dans la boite d'un pick-up roule à 60km-h, mais même si ce n'est pas l'expérience la plus safe du monde, c'est quand même fun! On est ensuite débarqués à l'hôtel Likoka, une belle place qui faisait face à la mer. Sauf que notre chambre donnait, elle, sur une genre de bassin sale sur la rue, et notre porte n'avait pas de poignée! Mais bon, ça allait quand même (même si Mémé a dû me convaincre un peu)! Le plus par contre: on avait de l'air climatisé!
Il faisait encore clair et chaud, et on était à la plage: pourquoi ne pas en profiter? On a donc marché sur la plage de galet (ce pays ne connaît pas les plages de sable!) et on s'est installés pour la fin de l'après-midi. Parenthèse: avez-vous déjà marché en gougounes sur une plage de galets? C'est désagréable en grand! Après 2 minutes, on a des cailloux sous les pieds, ce qui rend chaque pas douloureux! On s'est baignés, mais l'eau était plus froide (on a appris après qu'il y avait une source d'eau glacée qui se jetait à proximité...).
Quand la nuit est tombée, on a fait le tour des restos en bord de mer sans vraiment être inspirés. Puis, on a avisé une petite pizzeria pour emporter et Mémé a eu une idée géniale! C'est donc en admirant le coucher de soleil qu'on a dégusté, sur la plage, une excellente pizza. Quand même romantique!
Pour couronner la soirée, on a pris un chocolat chaud (Mémé) et froid (moi) sur la terrasse de notre hôtel. On a jasé à quelques clients afin de savoir à quelle heure passait le seul bus de la journée du lendemain vers Tirana. Résultats peu concluants: tout le monde nous donnait des informations contradictoires! On a donc décidé d'être prêts dès l'aube à attendre le bus... Ahlalala! La nuit s'annonçait courte, mais heureusement climatisée!!
À bientôt!