mercredi 26 août 2015

Tirana

Salut! C’est François qui reprend le flambeau pour vous décrire Tirana!

Ce matin-là, à l’auberge, on avait le déjeuner inclus, et on entendait bien en profiter (même si notre expérience du burek au fromage de Shkodra nous avait laissé un goût un peu amer). « Vous avez le choix entre omelette et pain doré » nous a dit le timide volontaire scandinave aux dreads blonds. Wow! Bon, en fait, les omelettes, c’était des oeufs brouillés, et le pain doré était une toast frite dans l’huile: on avait peut-être des attentes trop élevées haha!

Qu’est-ce qu’il y a à faire à Tirana? Tout le monde à qui on posait la question nous disait « Ah, faites le tour guidé de la ville, c’est gratuit et ça vous permet de tout voir en quelques heures! » Pourquoi pas? On s’est donc rendus sur la place centrale de Tirana. Comme toute capitale d'un ex-pays communiste qui se respecte, Tirana possède une place centrale massive flanquée d’immeubles imposants (imaginez la place Tiananmen, à Beijing, mais avec des arbres, du gazon, et beaucoup moins de smog). On a donc attendu notre guide au pied du musée national, en compagnie de la poignée de backpackers qui allait composer notre groupe. Et c’était parti pour un tour de 2h, avec un guide super sympathique qui parlait très bien anglais! Je vous résume ci-dessous les quelques endroits qu’on a visité:

- Place centrale: une visite à Tirana vous amènera inévitablement à voir l’immense mosaïque de l’histoire albanaise qui trône au sommet du musée national. On y voit toute l’histoire locale défiler, des Illyriens de l’Antiquité aux partisans communistes de la 2e guerre mondiale, sous forme d’immenses personnages colorés. En face, près de l’opéra, une statue équestre du héros national, Skanderbeu, trône au milieu d’un terre-plein gazonné. Janissaire ottoman d’origine albanaise ayant vécu au XVIe siècle, Skanderbeu est célèbre pour avoir mené une révolte contre les occupants ottomans et pour avoir réussi à préserver l’indépendance d’une partie de l’Albanie pendant environ 30 ans. Pas un mince exploit pour une bande de rebelles mal organisés, sachant qu’à l’époque, l’armée ottomane était l’une des plus puissantes du monde!

- La vieille mosquée ottomane: au sud de la place centrale se trouve l’un des rares vieux bâtiments de Tirana, une vieille mosquée. Ici, les mosquées sont doublées de hautes tours au sommet desquelles est installée une horloge. Raison: il fallait bien connaître l’heure de la prière! À une époque où personne n’avait de montre, l’horloge publique remplissait ce rôle social bien utile. On a pu monter dans la tour et avoir une vue plus aérienne de la place centrale de Tirana. C’est aussi à ce moment qu’on a commencé à trouver lourd l’un des backpackers australiens de notre petit groupe, un espèce de jeune yo histrionique avec un sac banane (fashion faux pas detected) qui gossait tout le monde à force de toujours interrompre le guide pour donner son inintéressant et simpliste point de vue sur les différents sujets abordés au cours de la visite! Ahlalala…

- En quittant la place centrale, on a zigzagué entre les bâtiments italiens bâtis par le régime de Mussolini (!) et qui abritent aujourd’hui les ministères. Le fait que les Italiens aient construit ces édifices n’est pas anodin. Au moment de leur construction (années 1930), l’Albanie était un pays indépendant, sous la gouverne d’un roi auto-proclamé, Zog 1er. Toutefois, le régime fasciste italien percevait l’Albanie comme une zone stratégique. L’influence italienne, qui allait en grandissant, a finalement atteint son paroxysme quand l’Italie a tout bonnement envahi le pays en 1939… recouvrant du même coup les infrastructures qu’elle y avait elle-même construit. Un bon retour sur investissement… qui ne dura qu’un temps, car les Italiens furent chassés d’Albanie en 1943, peu de temps après la capitulation de l’Italie lors de la 2e guerre mondiale.

- On a ensuite fait un tour sur une rue piétonne ombragée, s’arrêtant en face de ce qui fut jadis le chateau de Tirana (et qui aujourd’hui n’est guère plus qu’un vieux mur). La suite allait être amusante: on s’est retrouvés sur l’avenue George W. Bush. Oui, elle a été nommée en l’honneur de ce président américain que d’aucuns considèrent comme étant l’un des plus mauvais de l’histoire récente des États-Unis. Pourquoi diable choisirait-on de nommer une rue en l’honneur d’un personnage aussi peu enthousiasmant, et pourquoi l’avoir fait en Albanie?? Réponse: après avoir rejeté le communisme au début des années 1990, l’Albanie s’est pris d’un amour indéfectible pour les États-Unis, qui représentaient (et représentent encore pour eux) la liberté et les opportunités dont il avaient été privés si longtemps. Si bien que, quand les États-Unis ont décidé en 2001 d’envahir l’Irak et de recruter des alliés internationaux pour rendre « multilatérale » leur aventure militaire controversée, les Albanais n’ont fait ni une ni deux et ont été parmi les premiers pays à appuyer les Américains dans leur projet d'invasion (au sein d’une coalition d’une quarantaine de pays qui, outre les USA et le Royaume-Uni, était surtout composée de petits États au poids militaire insignifiant, voire ne disposant pas d'armée). Ainsi, des soldats albanais ont combattu (et sont morts) en Irak. Reconnaissant l’appui inconditionnel de leur allié albanais, George W. Bush a eu la bonne idée d’effectuer une visite officielle en Albanie en 2004. Aux dires de notre guide, l’effet de cette visite sur la population albanaise n’a pas été loin d’être orgasmique. Le pays entier était en liesse, envahi d’une fierté sans bornes face à l’honneur que leur puissant ami américain leur faisait, et des foules immenses ont été saluer le président américain à Tirana. Détesté partout ailleurs dans le monde, George W. Bush est donc vu très positivement en Albanie, au point où l’une de leurs rues principales est nommée en son honneur!

- Un passage devant le Parlement albanais fut ensuite l’occasion de discuter de l’autre grand rêve collectif de l’Albanie: rejoindre l’Union européenne. Oui, malgré la crise grecque, l’UE exerce encore un fort attrait pour les Albanais (qui ne manquent d’ailleurs pas de faire flotter à qui mieux mieux le drapeau de l’Union un peu partout, même s’ils n’en sont pas membres). L’Albanie espère pouvoir être un candidat officiel bientôt. On doit saluer l’optimisme national, mais on s’entend qu’on est encore loin du compte (et on ne parle même pas d’être membre plein et entier). En effet, malgré des efforts indéniables, l’économie du pays est à des années-lumières de celles de pays comme la Bulgarie ou la Roumanie (ne parlons même pas de l’Europe de l’Ouest) et la corruption gangrène tout, du monde des affaires à la politique en passant par les services aux citoyens. La démocratie est encore un concept nouveau, et les dérapages sont légion. Bref, peut-être que l’Albanie finira par entrer dans l’Union un jour, mais certainement pas tout de suite…

- Sur le chemin, on a ensuite visité le petit pont ottoman dit « des tanneurs », un autre rare vestige de l’époque pré-communiste. Ensuite, on a longé la rivière, un filet d’eau bien brun et fétide canalisé à la communiste au centre d’une étendue de gazon.  Notre prochain arrêt fut la cathédrale catholique moderne où une immense murale en coquillage représentant Mère Teresa (qui d’autre?) nous attendait. 

- Tout séjour à Tirana ne saurait être complet sans un passage à la pyramide, une structure affreuse en béton trônant dans un parc. Aujourd’hui désaffecté et couvert de graffitis, l’endroit a été un mausolée et un musée consacrée à Enver Hoxha, le dictateur communiste, une fois celui-ci décédé. À l’époque, les visites étaient fortement recommandées aux citoyens albanais qui ne voulaient pas avoir de problèmes... À la chute du communisme, on a transformé le tout en centre de foires, mais l’endroit était tellement unanimement détesté qu’on a fini par placarder l’immeuble en promettant de le détruire (ce qui n’est toujours pas fait). On peut monter le long des axes  de béton très à pic pour atteindre le sommet, ce qu’on a fait pour avoir à nouveau une vue de Tirana! En face de la pyramide se trouve la cloche de la paix. Celle-ci a été fondue à partir de milliers de douilles de balles de fusils récoltées après les troubles de 1997 qui ont mis le pays à feu et à sang. Ces événements sont d’ailleurs particulièrement tristes. Après le communisme, profitant de l’ignorance des Albanais au sujet du système financier, des arnaqueurs ont incité de très nombreux petits investisseurs à acheter de fausses actions en leur promettant des rendements faramineux. Des Albanais ordinaires ont investi leurs épargnes, parfois celles de toute une vie, dans ce qui s’est finalement révélé un vulgaire système pyramidal. Quand la supercherie a été éventée et qu'il est devenu évident que les épargnants ne reverraient jamais leur argent, le pays est devenu fou de rage et ivre de désespoir. Cherchant un bouc émissaire pour leurs malheurs, les citoyens ont accusé leur gouvernement de laxisme. Des émeutes ont éclaté et se sont muées en chaos. Débordées par l’ampleur des révoltes, les forces de l’ordre n’ont pas pu contenir la fureur populaire. Des bâtiments publics ont été incendiés, et les bases militaires prises d'assaut. Avec les armes volées aux militaires, des bandes armées ont pillé les commerces et utilisé leurs fusils contre leurs concitoyens. Quand l’ordre est finalement revenu après un changement de gouvernement, des milliers de personnes étaient mortes et une vague d’incompréhension et de honte s’est abattue sur le pays, les gens réalisant avec peine ce qu’ils avaient fait. C’est en souvenir de ces événements tragiques que la cloche a été fondue… 

- Par la suite, on a fait une petite balade dans un parc, où figurent un bunker et un monument aux victimes du communisme. Et puis, on est entrés dans Blloku. Sous le régime communiste, Blloku était le quartier des apparatchiks et des hauts placés du gouvernement. L’endroit était strictement interdit d’accès aux citoyens ordinaires et était gardé par des soldats en armes. On y retrouvait la villa d’Enver Hoxha, qu’on peut encore voir aujourd’hui. De nos jours, Blloku s’est complètement métamorphosé et est devenu l’endroit le plus branché en ville. On y trouve des bars et cafés à la mode (chers, naturellement) et de nombreux bons restaurants. Soulignons également la présence "d’Albanian Fried Chicken (AFC) », un fast-food dont le nom et le logo ressemblaient étrangement à ceux d’une marque connue de restauration rapide...

- Notre dernier arrêt fut la cathédrale orthodoxe de la ville, de construction récente elle aussi (n’oublions pas que les religions étaient interdites sous le communisme). « Coudonc » , vous dites-vous peut-être, «  Tirana compte une mosquée, un cathédrale catholique et une cathédrale orthodoxe. Et tout ce beau monde vit bien ensemble? » Eh bien, oui. Il n’y a pas de tensions interreligieuses en Albanie, contrairement à ce qui existe ailleurs dans les Balkans (en Bosnie, par exemple). D’ailleurs, l’une des premières visites à l’étranger du pape François fut en Albanie, en 2014. Inutile de dire que le pays était à nouveau submergé de bonheur: c’était la première visite d’un pape au pays depuis l’existence de l’Albanie! Comme si ce n’était pas assez, le pape a indiqué avoir choisi l’Albanie pour vanter les mérites d’une cohabitation pacifique entre plusieurs religions!

Notre visite a pris fin à la place centrale. En 2h, nous avions vu l’essentiel de Tirana! Notre guide nous a par la suite invités à poursuivre la discussion autour d’un café, ce qu’on a fait. Mémé était bien malheureuse par contre d’être assise à côté du backpacker australien gossant au sac banane, parce que celui-ci fumait clope sur clope! Quand elle lui a fait savoir que sa fumée la dérangeait, il a vu ça comme un bon prétexte d’approche, s’est mis à discuter avec elle et lui a demandé de l’ajouter sur Facebook! Inutile de dire que ce n’était pas une bonne technique… et qu’aujourd'hui M. Banane n’est toujours pas l’ami Facebook de Mémé haha! 

On avait faim, alors, en compagnie de deux Suédois du groupe et d’une Singapourienne, on a été mangé un gyros dans un petit resto tout près. « Ce sont les meilleurs de Tirana », nous a assuré le patron, « parce que je suis Grec! » haha! Après, on a erré avec les Suédois dans un marché en plein air. Mémé s’est fait répondre en français par une vendeuse de vêtements! Et dire qu’on a de la difficulté à se faire servir en français quand on passe les douanes canadiennes partout ailleurs qu’au Québec…

Il faisait chaud, alors quand on a vu le stand à gelato un peu plus loin sur la rue on n’a pas hésité! Mémé s’est même resservie 2 fois! On s’entend qu’à 25 cents la boule… on pouvait se le permettre! Au détour de quelques rues, on est revenus sur la place centrale et on a jeté un coup d’oeil à l’opéra pour voir si, par hasard, il n’y aurait pas quelque chose qu’on pourrait aller voir ce soir-là (musique, danse, opéra, théâtre, on était ben ouverts). Eh bien non, c’était fermé aujourd'hui. On ne comprend pas: en 5 ans de voyages ensemble, du Vietnam au Brésil en passant par l’Ouzbékistan, on a JAMAIS eu de chance avec les opéras! Où qu’on aille, c’était systématiquement fermé, que ce soit pour l’été, pour des travaux, ou simplement parce qu’on était là la mauvaise journée. Pourtant, ces places-là offrent très souvent des performances artistiques d’excellente qualité pour une bouchée de pain. Très frustrant! 

Après un petit passage dans la librairie anglophone voisine, on a quitté notre ilôt de climatisation pour prendre le bus vers le téléphérique, l’autre grosse attraction de Tirana. À Tirana, prendre le bus est un acte de foi. Non pas que la qualité des bus soit plus médiocre qu’ailleurs dans les pays du tiers monde, ou que la ville ne soit particulièrement étendue ou dotée d’un urbanisme complexe. En fait, le problème tient surtout au fait que les destinations indiquées sur les bus sont franchement opaques. Pour aller au téléférique, on devait prendre un bus marqué « Porcelani ». Or, seul quelqu’un qui a grandi à Tirana (ou qui a demandé à quelqu’un, comme nous) peut savoir que « Porcelani » fait référence à une ancienne fabrique de céramique située non loin du téléphérique!

Le bus nous a laissés à une fourche au milieu de rien, dans la banlieue de Tirana. Aucune trace du téléphérique. Avisant une dame de l’autre côté de la rue, on lui a demandé notre chemin en anglais. Et celle-ci de nous répondre dans un bon anglais qu’elle sera heureuse de nous aider et que son mari et elle se dirigent justement du bon côté! On a rapidement appris qu’elle avait vécu longtemps à New York, et que son mari possédait un petit casino qui était son gagne-pain. « Ce n’est pas bien de faire de l’argent sur le dos des gens, mais il faut bien vivre! » a-t-il laissé tomber avec un demi-sourire! Ils nous ont indiqué la bonne rue puis on les a quittés après une bonne poignée de mains. 100 points pour l’Albanie et ses sympathiques habitants! 

Après avoir acheté des poires et des cerises, on a marché sur la rue. Un groupe de papys qui jouaient aux échecs a tenu à faire savoir à Mémé qu’elle était jolie dans un anglais châtié (« I love you! »), puis on est arrivés au fameux téléphérique, lequel était désert. Et on a alors eu le dialogue suivant avec la guichetière bête:

François et Mémé: How much is it?
Guichetière : 800 leks.
F + M: How much is it per person?
Guichetière: 800 leks.
F + M: Is there a student price?
Guichetière: 800 leks.
F + M: No, I mean, is there a student price?
Guichetière: 800 leks.
F + M: …

On a donc payé 800 leks et on est montés dans ce qui est, selon la pub. le plus long téléphérique des Balkans. C’est pas rien! :) Pour vrai, on a tout de même parcouru une bonne distance par-dessus les champs, les étangs et en montant au sommet de la montagne qui surplombe Tirana. On était déjà en rase campagne! Tirana n’est pas la ville la plus étendue disons! La vue était plutôt bucolique, mais, malheureusement, celle du sommet était plutôt obstruée par le smog. Toujours plaisant de se rendre compte qu’on respire toute cette saleté! À défaut de profiter pleinement de la vue, on a mangé nos cerises et nos poires. En haut, mis à part le chalet d’accueil, un resto, une base militaire (???) et des stands  de foire où gagner des toutous en tirant sur des affaires avec un gun à plomb, il n’y avait pas grand-chose à faire. On a fait le tour d’un vieil immeuble communiste à l’abandon (mais visiblement squatté par de pauvres hères) avant de marcher un peu sur la petite route sous les arbres, en croisant un bunker de temps à autre. En revenant, on a attendu longuement notre téléphérique pour aucune raison apparente, puis on est finalement redescendus. En chemin, Mémé a craqué pour des chiots puis on a pris un bus au hasard vers une destination qu’on estimait être pas trop loin de notre hostel (impossible d’être sûrs toutefois, voir commentaire plus haut sur les bus). Heureusement, l’autobus nous a débarqués pas trop loin et on est donc revenus sans encombres à l’auberge!

J’avais repéré un resto allemand dans Blloku en feuilletant le guide, et Mémé et moi étions tentés de l’essayer. On s’est donc dirigés vers le Blloku by night (il était déjà 21h), où régnait définitivement un ambiance de party! Le repas au Berlin était très bon: j’ai pu manger un bon schnitzel, Mémé des pâtes au gorgonzola et on s’est gâtés avec du vin albanais. À bien y penser, ce n’était pas tellement un repas allemand, mais c’était bon quand même! J’ai eu une belle expérience culturelle dans les toilettes, alors que j’y ai découvert un client qui y fumait allègrement alors que c’était défendu… 

De retour vers l’hostel, on a traversé le parc Taiwan (ainsi nommé en l’honneur d’un bâtiment affreux qui aurait appartenu à une compagnie taïwanaise). Il y avait foule (comme partout dans les Balkans, les gens sortent le soir, fuyant la chaleur du jour), et un groupe de musique en plein air jouait. Les gens l’écoutaient cependant de très loin, ce qui était un peu bizarre, mais bon… De retour à l’auberge, on est allés se coucher (après un peu de blog). Un gros gars dégueulasse occupait cependant la couchette sous la mienne et immédiatement adjacente à celle de Mémé. Gros, en bobettes couvrant mal sa craque de fesses et visiblement intoxiqué, il ronflait avec la force du désespoir en aspirant beaucoup de morve à chaque inspiration. Du bonheur pour les oreilles et pour les yeux. C’est ça aussi, dormir en auberge de jeunesse!

À bientôt!

François 

lundi 10 août 2015

Les Alpes albanaises

Surprise, surprise! C’est Mémé qui se motive à écrire une entrée de blog!

Levés au petit matin, on a englouti notre déjeuner. Nah, pas englouti, parce que c’était vraiment dégueu comme déjeuner : un bon burek au fromage! Tsé l’espèce de plat national de pâte frite avec à l’intérieur du fromage cottage au goût de fromage andin (ie moche). Au moins le vieux papy « gardien de nuit / homme qui travaille à l’hostel mais qui ne dit pas un mot d’anglais » était bien mignon!

On a marché un peu vers le cinéma, d’où devait avoir lieu notre départ en minivan vers le village de Koman. On y a rejoint un voyageur d’une soixantaine d’année qui attendait lui aussi le minibus en retard en alignant cigarette sur cigarette et en me permettant au passage de lui diagnostiquer une belle bronchite chronique bien grasse…

Finalement, il y avait eu un quiproquo avec l’agence et il y avait 3 backpackers de trop pour le nombre de places du minivan, sans compter les deux sièges devant nous qui menaçaient de s’écrouler à chaque freinement brusque. Ingénieux comme tout habitant de pays en voie de développement, on a vite fait de trouver un banc d’école, une chaise et une buche pour que tous puissent passer un voyage des plus confortables, assis précairement au milieu de l’allée…! C’est quand même un avantage des pays en voie de développement: chez nous, le chauffeur dirait « désolé, il manque de place, vous prendrez le suivant » alors que là-bas, il y a toujours une solution, aussi broche-à-foin soit-elle!

Après deux heures de route défoncées qui serpentaient allègrement à flanc de montagnes, on est arrivés au « village » de Koman, c’est-à-dire quelques vieilles maisons décrépites. Mais on n’était pas rendus pour autant : la minivan s’est ensuite engagée dans un tunnel à une voie, creusé à la dynamite dans la montagne et qu’on avait laissé comme ça depuis, sans le bétonner ni rien. C’était la roche directement, avec du filage en haut et clairement pas assez de place pour rencontrer! Et puis, à la sortie du tunnel, on tombait brutalement sur le « port » établi juste à côté du barrage, avec ses deux 2 cafés et un hôtel. C’est là qu’on devait attendre le traversier pour le lac de Koman, qui est en fait une rivière artificiellement gonflée par un barrage. En attendant que le traversier arrive, on a jasé un peu avec les autres backpackers qui comptaient faire exactement le même trajet que nous, sauf pour deux Anglais qui s’étaient fait dire que la boucle que nous allions faire pouvait aisément se faire en deux jours plutôt que trois, question de pouvoir attraper à temps leur bus vers la Macédoine (d’où partait leur avion). Un Albanais (qui travaillait dans un hostel à Shkodra et qui était venu reconduire au traversier un couple de Français qui s’étaient trompés d’heure pour le départ du minivan) les a vite ramenés à la raison en leur disait que c’était pratiquement impossible à moins de se lever extrêmement tôt pour commencer la randonnée du deuxième jour... En fait, le plan était :
1.     Prendre le traversier vers Fierze
2.     Prendre un bus de Fierze vers Valbona
3.     Dormir à Valbona
4.     Faire une rando de 6-7h dans les montagnes vers Teth
5.     Dormir à Teth
6.     Visiter les attractions à Teth
7.     Revenir à Shkodra


L’Albanais de l’hostel était bien sympathique! En fait, il avait habité à Montréal il y a une dizaine d’année en attente du statut de réfugié mais ne l’avait finalement pas obtenu. Il nous a finalement quitté mais sa voiture ne démarrait pas et finalement une autre auto a dû le traîner avec un câble! On espère qu’il n’a pas dû faire toute la route avec un câble, parce qu’avec les tournants et les descentes, ça allait droit à la catastrophe!

Vers midi, on est montés dans le gros traversier, étant tombés sur le ferry le plus neuf des deux qui font le trajet (l’autre était amarré à Fierze et est trop en mauvais état pour pouvoir être appelé épave). Du haut du pont supérieur, on avait une vue de choix sur le spectacle qui s’annonçait à nous, cette ride de ferry était décrite comme « one of the most beautiful boat trip in the world » par le guide de voyage. Rien de moins! Et… on n’a pas été déçus! Pendant deux heures ont défilé autour de nous des hautes gorges escarpées, comme une croisière dans le fjord du Saguenay où les montagnes seraient plus majestueuses et la rivière entre elles plus étroite! C’était tout simplement fabuleux!

C’était tellement beau qu’on a même tenu à rester contre le vent démentiel qui s’était levé un peu avant qu’on arrive à Fierze, dont le « port » n’était guère plus qu’une cabane à laquelle était amarrée un vieux bateau rouillé. Puis de là on a pris un minibus tous ensemble vers Valbona, en s’arrêtant à Bajram Curri où on pas eu d’autre choix que de déguster un autre burek dans une boulangerie pour dîner… On a aussi par la même occasion essayé ce qui ressemblait à du sucre à la crème, mais qui goûtait plutôt la mélasse! Ça nous a tout de même donné l’occasion de jaser avec deux touristes français sympathiques!

Commentaire de François : Bajram Curri est l’une des deux places en Albanie où le gouvernement canadien recommande de ne pas mettre les pieds, en raison du fait que c’est un endroit moyennement recommandable, sous l’influence de la fameuse mafia albanaise, et où les forces policières ont apparemment peu d’emprise. La difficulté d’accès des Alpes albanaises en a toujours fait une espèce de zone rebelle, situation aggravée par le fait qu’elle soit toute proche du Kosovo et des troubles qui y ont eu lieu. Cela dit, la réputation sulfureuse de Bajram Curri s’est estompée avec les années et la plupart des autres gouvernements (USA, UK, France, Australie…) n’indiquent pas à leur voyageurs de ne pas visiter la ville. On voulait cependant éviter de s’y attarder : notre pause-dîner nous aura finalement contraints à y séjourner plus longtemps que prévu!

Retour de Mémé : Arrivés 30 minutes plus tard à Valbona via une route magnifique dans une vallée, tout notre petit groupe du matin a été déposé par le chauffeur dans une des guesthouse du village (qui vit visiblement de l’agriculture et, plus récemment, du tourisme). C’était plutôt mignon comme endroit! Après, François et moi on est allés marcher dans le village, ayant comme objectif secret de trouver un petit marché où acheter des provisions pour la marche du lendemain, chose qui s’est terminée par un échec cuisant en voyant la taille du village… Valbona est bien joli, dans une vallée encastrée entre de hautes montagnes, dont certaines ont encore quelques taches de neige par-ci par-là. On a longé un peu la rivière asséchée parsemée de bunkers datant de l’époque communiste puis on a pris un petit sentier pour une marche dans la forêt, cueillant au passage plein de fraises des champs pour remonter mon moral-alimentaire bien à plat avec cette journée nourrie aux burek pas bons… On a aussi croisé au passage un troupeau de moutons avec son jeune berger, qui semblait bien content qu’on le salue!

Commentaire de François : vous êtes peut-être étonnés de voir qu’on a vu des bunkers dans un village aussi perdu que Valbona. Eh bien sachez qu’en Albanie, voir des bunker en ruines n’est vraiment pas extraordinaire. À l’époque communiste (1944 – 1991), après s’être mis à dos tous ses alliés (y compris la Yougoslavie, l’URSS et la Chine, pourtant aussi communistes) et s’être retrouvé complètement isolé sur la planète, le gouvernement du dictateur Enver Hoxha est rapidement devenu paranoïaque et s’est mis dans la tête que son pays allait être envahi. Par qui, on ne sait pas, mais le régime croyait dur comme fer qu’il était menacé par un ennemi extérieur. Pour y faire face, il a ordonné la construction de bunkers  dans toute l’Albanie. Au total, on estime qu’il y en aurait 70 000 sur tout le territoire, un chiffre hallucinant considérant la taille minuscule du pays! Encore aujourd’hui, on en retrouve partout! Le moindre promontoire ou un simple croisement de route est susceptible d’en cacher un ou deux! La plupart des bunkers construits sont des genre de petits « champignons » de béton, avec une ouverture derrière et une fente en avant pour tirer. L’endroit pouvait apparemment accommoder 2 soldats (pas trop gros, en tout cas). Apparemment, Enver Hoxha aurait demandé à ce que l’ingénieur qui a conçu ce modèle de bunker typiquement albanais soit placé dans l’un de ceux-ci alors que des tanks lui tiraient dessus! But de l’exercice : prouver la solidité de la structure. L’ingénieur en serait sortie indemne (quoi que surement traumatisé pour la vie), suite à quoi le régime communiste aurait ordonné qu’on en construise partout. Autant vous le dire tout de suite : l’Albanie n’a jamais été envahie depuis 1944 et les bunkers n’ont donc jamais servi! De l’argent public bien investi!

Retour de Mémé : De retour à la guesthouse, on a rejoint les autres backpackers (un couple d’Australiens, deux amis Australiens et les deux Anglais) qui buvaient une bière hors de prix. Pour souper, on a opté pour le poisson, que les employés du resto se sont empressés d’aller pêcher dans la rivière juste à côté de la table où on s’était installés! Il y avait deux filets dans la rivière qui empêchaient les poissons de s’évader et ces derniers ne rechignaient pas à mordre instantanément au morceau de pain qu’on leur tendait… C’était bien bon, outre le moment où ils ont cassé le cou des poissons, ce qui a fait augmenter ma fibre végétarienne! On a passé une très belle soirée à rigoler tous ensemble malgré l’accent à moitié incompréhensible d’un des Australiens. La soirée s’est conclue par un spectacle de lucioles (ponctuée des exclamations des Anglais qui n’en avaient jamais vues!). Même si nous on en avait déjà vu, c’était assez impressionnant: il devait y en avoir une quarantaine autour de nous!

Il commençait à faire pas mal froid (surtout pour les Australiens en short) alors on est tous allés se coucher sagement vers 22h.

Le lendemain, on s’est levés vers 8h et on a salué les deux Anglais qui n’étaient visiblement pas partis aux aurores! Notre déjeuner constitué de pain, café, œufs frits, fromage andin était agrémenté de lait frais bien grumeleux, que personne d’entre nous n’a osé boire, sauf l’Anglaise qui a laissé échapper un « oh my God this milk is awesome, I can’t remember the last time I tasted something good like that »!

C’est François qui continue à partir d’ici! Une fois rassasiés, on est partis tous ensemble sur la route vers le fond de la vallée, sur fond de paysages montagneux absolument magnifiques. Une randonnée de 17km nous attendait, avec comme objectif le minuscule village voisin de Teth. La route a éventuellement cédé la place à une piste de 4x4 qui zigzaguait dans le lit asséché d’une rivière. Puis, on est réellement entrés dans la forêt, croisant çà et là quelques fermes isolées arborant le drapeau kosovar (on est ici tout près de la frontière). C’était bien bucolique, et, avec les autres marcheurs, l’atmosphère était particulièrement bon enfant! Puis, le sentier s’est mis à grimper. D’ abord un peu, puis pas mal, et enfin beaucoup. À chaque montée, on voyait le mur que formaient les hautes falaises devant nous, et on cherchait (en vain) le col où on devait passer. Après une bonne heure de montée, on est arrivés sur une plaine alpine, où on s’est rendus à l’évidence : on allait monter jusqu’en haut de la montagne (2000 m), puis redescendre! Cela dit, le moral des troupes était excellent, aidé en cela par le panorama sublime qu’on avait tout autour de nous, et une température clémente (soleil et vent rafraichissant)! De temps en temps, on distinguait sur les hautes cimes des étendues blanches que l’on prenait pour la réflexion du soleil sur la roche. En fait, comme on a pu le constater de près une fois rendus presque tout en haut, c’était bel et bien de la neige, et nous étions à la fin du mois de juin! Dans un coin du monde où il peut faire 35-40 à midi l’été, on ne s’attendait pas à ça! On est en montagne, mais tout de même…

Finalement, on a atteint le sommet! C’était bel et bien un col, mais très haut perché disons! Quelques invétérés parmi le groupe (votre humble serviteur inclus) ont tenu à se rendre au véritable sommet, un piton rocheux qui culminait tout près. Comment vous décrire la vue, à part en usant d’innombrables superlatifs admiratifs? Imaginez-vous une étroite vallée en « U » entourée de tous côtés par des montagnes dont la base est couverte de verdure et les sommets escarpés sont complètements dénudés, formant quasiment une palissade : vous avez devant vous la vallée de Valbona! De l’autre côté, très loin en contrebas à travers la forêt se trouvait quelque part le village de Teth, lui aussi sis au fond d’une toute petite vallée. Au loin (mais pas tant que ça…), les sommets qu’on voyait se trouvaient au Montenegro et au Kosovo. Bref, assurément un des beaux points de vue qu’il m’ait été donné de voir!

Après un moment, la troupe s’est ébranlée, car il fallait maintenant resdescendre vers Teth. Ce qui, les marcheurs vous le confirmeront, est tout aussi difficile que l’ascension, mais différemment, surtout quand les petites pierres du sentier semblent se transformer en billes sous vos souliers! On a traversé de superbes forêts, s’arrêtant au passage pour voir un gros lézard vert fluo. Après peut-être une heure ou deux, on a fait une pause dans une petite cabane, que son propriétaire avait transformé en café pour les randonneurs de passage. On y a bu une limonade au son de la musique pop tonitruante que le propriétaire des lieux a mis pour mettre de l’ambiance! Parce que tsé, c’est bien beau les treks en montagne, mais ça manque de boum-boum!  Ça nous a tout de même permis de découvrir la pop albanaise, une spécialité locale qui ne laisse pas de souvenir indélébile…

On a continué notre descente, puis on est finalement arrivés à destination! Après 7 heures de marche, on avait traversé les montagnes pour arriver à Teth! Comme Valbona, Teth est un petit village situé au fond d’une vallée, au milieu de laquelle coule une rivière bouillonnante et turquoise. Un bien bel endroit, encore plus isolé que Valbona : on n’y accède que par une route de terre à une voie qui zigzague dans les montagnes (et qui ferme l’hiver), ou alors à pied ou à dos d’âne! Fourbus mais contents, on s’est mis en tête de trouver un endroit où dormir pour un prix décent. On a abandonné les Anglais, qui s’étaient fait dire qu’il y avait finalement un bus pour Shkodra! On apprendra le lendemain que ce n’était finalement pas vrai et qu’ils ont dû dormir sur place… Alors qu’on marchait, on s’est fait aborder par un papi qui ne parlait pas anglais mais qui, visiblement, cherchait à ce qu’on dorme dans son auberge. C’est devenu comique quand il a appelé quelqu’un au cellulaire (qui s’est révélé être son petit-fils, qui parlait à peine mieux anglais que lui) et qu’il a donné le téléphone à l’une des filles du groupe! Pour une raison quelconque, ça n’a pas marché… On a finalement dormi dans une petite maison qui faisait face à la rivière, et qui était tenue par une madame et sa fille (laquelle parlait un assez bon anglais et étudiait le droit à Tirana… mais elle revenait à Teth l’été pour la saison touristique). Un bon deal : le prix incluait l’hébergement, un souper, un déjeuner, une excursion en jeep vers un petit lac le lendemain et le retour à Shkodra ensuite!

Il était environ 17h   et le souper allait être prêt à 20h. «  Vous avez le temps de vous rendre à la cascade » nous a alors dit la jeune femme de l’auberge! On avait déjà beaucoup marché, mais pourquoi pas? On a donc suivi un sentier le long de la rivière, traversant au passage une autre partie du village. On est passés tout prêts de l’une des curiosités locales, une tour fortifiée.  Petite, étroite et haute d’environ deux étages, percée de meurtrières, la chose n’était pas particulièrement impressionnante… sauf quand on sait que ça servait de refuge en cas de vendetta. Comme nous, vous ignorez sûrement que l’une des charmantes coutumes locales de cette région sauvage de l’Albanie est la vendetta. Les montagnes du coin n’ont en effet jamais vraiment été soumises à une autorité susceptible d’y faire appliquer un système de droit, avec les punitions qui vont avec pour ceux qui transgressent les règles. Pour y suppléer et pour assurer l’ordre, les différentes familles habitant la région basaient donc leurs rapports sociaux sur une loi assez simple basée sur l’honneur : si quelqu’un tue quelqu’un d’autre, alors la famille de la victime aura le droit d’assassiner un homme (les femmes étaient épargnées) de la famille du tueur (ou, évidemment, le tueur lui-même). Autrement dit, œil pour œil, dent pour dent… La vendetta était née! L’objectif étant qu’au final, personne ne déclenche les hostilités, parce qu’autrement, ça pouvait durer longtemps! Pour parer à la tentative d’assassinat, l’homme visé par une vendetta pouvait donc se réfugier dans la tour en question, où il pouvait se terrer en attendant ses ennemis, le fusil à la main… Un beau destin! La plupart des tours de ce genre ont été détruites sous la période communiste, mais pas celle de Teth, qui se dresse dans le village tel un lugubre témoin d’une époque pas si lointaine (cette pratique moyenâgeuse avait encore cours jusqu’à la 2e guerre mondiale!)…

Nous marchions donc le long de la rivière, dans un décor toujours aussi magnifique. Soudain, on a entendu un gros bruissement dans les fourrés un peu plus loin! L’Américain, ancien soldat, qui marchait en tête avec Mémé, s’est retourné vers tout le monde en nous disant, vaguement inquiet : « OK, ça se peut que ce soit un sanglier. Ça peut être mauvais, un sanglier, alors faut essayer de pas paniquer si on en voit un et  reculer doucement ». Sur les entrefaits, on entend un autre bruit fort et un violent bruissement d’herbes! Effrayée, Mémé a par réflexe enfoncé brusquement ses deux mains dans les flancs de l’Américain en se cachant derrière lui! Et c’est là qu’on a vu arriver… une grosse vache qui se promenait tranquillement dans le sentier! Haha! Une grosse peur pour rien!

Pour se remettre de nos émotions, on a fait une pause snack à un kiosque plus loin où un enfant vendait des cossins (Mémé: i.e. le seul endroit du village où on pouvait acheter à manger, à mon plus grand désespoir), puis on a monté les derniers mètres vers ladite chute d’eau.  Encore une fois, un très bel endroit!! J’en ai profité pour marcher un peu dans le bassin d’eau en bas de la chute. Même si c’était difficilement supportable tellement l’eau était froide, une fois sorti l’effet était fabuleux sur mes pieds meurtris par une journée entière de marche! Puis, les deux Australiens qui étaient les bouffons de service ont entrepris d’aller placer une canette de bière vide de l’autre côté de la rivière et de tester leurs talents de tireurs en y lançant des pierres. Finalement, tout le monde s’est joint à cet exercice profondément idiot mais bizarrement satisfaisant, jusqu’à temps que la canette soit finalement atteinte haha! Soit dit en passant, les deux Australiens n’ont jamais pu correctement prononcer mon prénom, y substituant « Frenchy » qui fut mon surnom tout le long du périple!

On est ensuite revenus au village au coucher du soleil, le long d’un petit ruisseau et en traversant la cour d’une maison où j’aurais assurément laissé ma vie si le monstrueux chien qui grognait et jappait n’avait pas été attaché ! On est revenus juste à temps pour souper, une bonne chose sachant qu’on n’avait pas vraiment dîné, si ce n’est quelques collations! La bouffe était extraordinaire : viande de porc grillée, pain de campagne maison, salade, fromage au goût étonnamment bon (on aurait dit du bleu!), patates frites au four et bières albanaises! La seule chose moins bonne était la soupe au beurre, mais bon, Mémé elle a bien aimé!  Le souper aurait été idyllique si ce n’était pas le moment qu’avait choisi le bulldozer du village pour râcler le fond de la rivière face à nous haha! On apprendra le lendemain que c’était l’endroit où les véhicules traversent le cours d’eau à gué! Puis on a dormi, épuisés après cette grosse journée!

Le lendemain, je me suis un peu promené dans le village avant le déjeûner. Objectif : aller voir de plus près la jolie petite église! Sise au milieu des champs, avec les montagnes en arrière-plan, ça faisait un bien beau panorama! De retour à l’auberge, on a ensuite déjeûné (pain, beurre, formage et confiture).  Puis, l’un des cousins de la famille est arrivé avec son jeep. On s’est serrés (il n’y avait définitivement pas assez de place pour tout le monde), on a traversé la rivière à gué (!!!) et on est partis sur une piste défoncée, pleine de trous et de ruisseaux, à flanc de ravin. Objectif : le Blue Eye, un étang bleuté très profond qui se trouve à la source d’une des rivières du coin. Après 40 minutes de machine à laver, on est sortis et on a débuté notre randonnée à flanc de montagne (encore!). Une demie-heure plus tard, on arrivait au fameux Blue Eye! L’étang, entouré de parois rocheuses et de végétation, se trouvait au fond d’un petit canyon. Une cascade émergeait d’une des parois pour se jeter dans le puits d’eau, lequel était d’un bleu électrique. On est restés un moment à regarder le tout avant – évidemment – que quelqu’un se mette en tête de s’y baigner. Je n’ai pas voulu être en reste et m’y suis lancé aussi… pour en sortir 2 secondes plus tard comme tout le monde!!! L’eau était tellement glaciale qu’elle coupait le souffle! Heureusement que le soleil a contribué à nous sécher! Avant de partir, les Australiens se sont amusés à lancer quelques roches dans l’eau pendant un bon moment. Au moment où j’aillais commencer à les imiter - j’en ai lancé une seule, et une petite -, une madame albanaise qui était là m’a vu faire, et m’a apostrophé : « Hey! Why? Don’t do it again! ». Je me suis donc excusé, un  peu piteux, sous les remarques faussement désapprobatrices des Australiens qui me narguaient, goguenards, avec de grands sourires narquois! Ahlalala, c’est toujours moi qui me fait prendre!

On a marché pour revenir aux jeeps, et on est partis ensuite sur la même piste pourrie pour revenir à Teth. Là, une autre jeep nous attendait, ce qui a permis que l’on fasse le voyage vers Shkodra un peu moins tassés! On a aussi pris au village un vieux monsieur, qui a jasé à Mémé un bon bout de temps. C’était un ancien diplomate suisse (!) qui avait été posté en Albanie au tout début des années 1990, alors que le pays émergeait de la pénombre du communisme. Une période trouble mais fascinante, qui lui a même inspiré un livre. L’homme était depuis tombé amoureux du pays, et revenait plusieurs fois par année à Teth, où il avait maintenant une maison. Détail amusant : il a tenu à parler à Mémé en anglais pendant un bon moment, même quand il a dit que sa langue maternelle était le français et que Mémé lui a alors répondu en français! Ce n’est qu’après une demie-heure qu’il a cliqué! On n’a pas trop compris pourquoi haha!

Pour sortir de Teth vers Shkodra (une distance de 70km mais près de 4h de route), il faut – encore – franchir une chaîne de montagnes avant d’arriver vers une vallée voisine qui descend vers la ville. Ce qui signifie suivre un chemin de terre à une voie qui serpente à flanc de montagne, sans garde-fous! Inutile de vous dire que la vue était magnifique, mais que ceux qui ont le cœur fragile doivent s’abstenir! En chemin, notre conducteur s’est arrêté dans une maison pour y acheter ce qui semble être un dessert particulièrement apprécié en Albanie : les croissants fourrés à la cerise (produits industriellement et emballés individuellement comme des Jos Louis). On avait eu ça comme collation sur le bateau entre Koman et Fierza, et ce n’était pas renversant… On a ensuite repris la route puis fait une pause au sommet de la montagne, question de se délier les jambes. C’était plus facile par la suite : la route avait été nouvellement pavée et dotée de garde-fous. Le reste du chemin, dans la vallée, s’est fait relativement bien, même si la route pavée encourageait notre chauffeur à appuyer l’accélérateur sur la route toujours à une voie. On a d’ailleurs passé proche de faire des accidents à quelques reprises…

Finalement, on est revenus en ville! Non sans un certain pincement au cœur, on a salué tout le monde et on s’est séparés. De notre côté, on est partis vers notre hostel avec le Hollandais et l’Australienne. L’après-midi était déjà bien entamé, mais on n’avait pas encore dîné alors on est allés casser la croûte dans un des restos de la jolie rue piétonne de Shkodra. On était à peine installés qu’on s’est rendus compte que le reste de notre compagnie de randonneurs avait eu la même idée et qu’ils s’étaient assis à une terrasse un peu plus loin! Le Hollandais et moi, on a pris des « boulettes de Korça » comme plat (des genres de boulettes de bœuf avec une sauce tomate), accompagnées d’une salade d’olives. Mémé a eu la main heureuse avec son assiette végétarienne et ses 1000 salades, même si ça lui a couté plus cher que prévu! Anecdote un peu grinçante : à la fin du diner, un petit garçon de genre 10 ans en surpoids est venu nous demander de l’argent (après avoir fait de même avec nos amis un peu plus loin).  Selon les gestes évidents qu’il faisait, c’était soi-disant pour manger. Même si ça fend un peu le cœur, vous savez déjà qu’on ne donne généralement pas d’argent aux mendiants en voyage (surtout aux enfants), pour ne pas encourager ce comportement… Surtout quand on sait que derrière les enfants, il y a souvent des adultes qui poussent ceux-ci à mendier et à leur rapporter l’argent ensuite… Cela dit, il nous restait des tranches de pain auxquelles personne n’avait touché : Mémé s’est donc dit qu’on pourrait lui donner. S’il avait faim, maintenant ou plus tard, voilà toujours quelque chose qui pourrait l’aider. Eh bien non. L’enfant a fait la moue dès qu’il a vu que Mémé lui tendait de la bouffe plutôt que de l’argent, s’est renfrogné puis a quitté notre table! Tirez-en les conclusions que vous voudrez, mais s’il avait été vraiment sincère, sa réaction aurait probablement été différente! En tout cas…

Après avoir à nouveau salué tout le monde du groupe, le Néerlandais et nous sommes partis vers l’un des rond-points principaux de Shkodra afin d’y prendre un minibus vers Tirana, la capitale. Au cours du trajet, devinez qui on a vu en plein milieu de nulle part, sur le bord de la route? Les Anglais qui voulaient faire le trek en deux jours et qui devaient prendre leur avion en Macédoine le lendemain! Va savoir ce qu’ils faisaient en rase campagne sur le bord de la route principale Shkodra-Tirana, mais il y a fort à parier qu’ils ont dû rater leur vol!  Après 2 heures de route, le minibus nous a débarqués à un gros rond-point de Tirana. Le Néerlandais était déjà passé à Tirana avant et connaissait un bon hostel où se poser : on l’a donc suivi alors qu’il nous guidait dans la ville.  Première impression : alors que Shkodra a su garder son âme ottomane, avec ses petites rues et ses vieilles maisons, Tirana, elle, a subi de plein fouet les assauts des urbanistes communistes! On y retrouve le même genre d’immeubles en béton et de bâtiments staliniens qui font la renommée des pays de l’ex-bloc de l’Est. Pour utiliser des points de comparaison qu’on connaît, Tirana ressemble en fait beaucoup à Almaty (Kazakhstan) ou à Bishkek (Kirghizstan). Et on y retrouve le même genre de vibe : une ambiance urbaine bon enfant, un peu bordélique mais résolument sympathique. Le genre de ville sans prétention où on se sent rapidement à l’aise. On a donc rapidement adopté Tirana!

Après avoir marché un moment, on a abouti dans une cour dans le fond d’une ruelle d’une rue un peu louche. Devant nous, une porte où ne figurait aucune indication. Euh… on est bien à la bonne place? Puis, la porte s’ouvre sur une cour pleine de divans et de tables, avec un arbre. Bienvenue au Trip N’ Hostel! On y a immédiatement été accueillis par un couple de Français bien avenants (Didier et Karine), qui travaillaient comme volontaires à l’auberge. En fait, ils ont comme projet de se rendre en vélo jusqu’en Asie, en dormant le plus possible chez les gens! Là, ça faisait quelques mois qu’ils étaient à Tirana où, en échange de leur travail, ils dormaient et mangeaient gratuitement!

Il était tard et on avait faim. Pourquoi ne pas essayer un resto typiquement albanais? Direction le Oda, avec le Hollandais! Tenu par une dame ne s’exprimant qu’en albanais, l’endroit était bien sympathique et proposait en effet un vaste choix de plats qui ne nous disaient rien. On a finalement eu droit à une orgie de bonnes choses : agneau, fèves, aubergines gratinées, légumes grillés… le tout arrosé d’un pichet de vin albanais (ce n’était pas le meilleur, mais bon)! Un bien bon souper… qui s’est terminé comme il se doit ici, c’est-à-dire avec un shooter de raki! Verdict : le raki albanais est bon et vaut bien celui du Montenegro!

De retour à l’hostel via les rues mal éclairées du coin (il est heureux que Tirana soit une ville sécuritaire), on a terminé la soirée en allant regarder les étoiles du haut de la terrasse du toit de l’auberge. On y a retrouvé Karine, à qui on a jasé un bon moment! Puis, on est redescendus dormir!

Ouf, voici une longue entrée de blog! Elle relate par contre ce qui a définitivement été le highlight du voyage, c’est à dire notre épopée dans les montagnes albanaises! Si vous allez en Albanie un jour, ne vous posez pas la question : c’est un must! Et, gros bonus : c’est encore très peu touristique et très authentique!…

À bientôt!