jeudi 19 novembre 2015

Gjirokastra et Saranda‏

Rebonjour!




C’est toujours François qui écrit!

Vers 6h ce matin-là, on s’est levés et on a rapidement englouti le déjeuner que nous avait préparé Lorenç (oeufs brouillés et café turc), puis on lui a fait nos adieux (naturellement, il a émaillé le tout de remarques philosophiques, et nous a notamment dit que ce n’est pas comme ça que les Albanais traitent les touristes, ce qu’on n’a pas compris tout de suite)! On a ensuite marché vers la route pour se rendre à la gare d’autobus, d’où l’on devait attraper le bus de 8h vers Gjirokaster (le seul de la journée). « Vous vous installez par là et des bus vers la gare vont passer » nous avait dit Lorenç, demeurant vague à souhait. On a donc attendus sur la route, mais à défaut de prendre un bus, on est embarqués dans une minivan pleine à craquer sans trop savoir. Le gars nous a demandé plus cher que prévu, mais nous a au moins débarqués à la gare, alors que je tentais de ne pas éborgner au passage les pauvres passagers de la banquette arrière en retirant mon sac!







Heureusement, on était arrivés 15 minutes d’avance à la gare! Ouf! Comme on avait du temps, Mémé s’est mise dans la tête de trouver des fruits aux alentours de la gare. Les occupants de la banquette à côté de la nôtre ne comprenaient pas pourquoi Mémé descendait de l’autobus, et je leur ai donc expliqué tant bien que mal qu’elle voulait trouver des fruits, ce qui a bien amusé l’assistance. Ils m’ont fait comprendre qu’il n’y avait pas d’endroit où acheter des fruits près de la gare, et, quand Mémé est effectivement revenue bredouille, ils lui ont dit « No fruit! » avec un large sourire!


Vers 8h, l’autobus plein à craquer s’est ébranlé, et nous sommes partis par des routes de campagne vers notre destination, qui se trouvait à quatre heures de route. Dès notre premier arrêt dans un village dès environs, les choses ont cependant pris une tournure comique. Des Albanais qui voulaient embarquer dans le bus bondé ont pris à partie une famille d’Italiens qui occupaient le fond du bus, en leur demandant s’ils pouvaient prendre leurs deux jeunes enfants sur leurs genoux pour le trajet, de sorte que deux places supplémentaires soient libérées pour de nouveaux passagers. Devant le refus du père de la famille italienne, le ton a monté et rapidement le chauffeur, le gars qui collecte les billets (qui en imposait avec son viril chandail rose frappé de l’inscription « Dad » en glitter) et enfin tout le bus s’est mis à s’engueuler dans un mélange d’italien et d’albanais! L’Italien répétait sans cesse « bambini » et disait qu’il avait payé pour les places qu’occupaient ses enfants, le conducteur gueulait, c’était le chaos! Ça s’est finalement réglé d’une façon quelconque, mais c’était bien drôle en tout cas!


Après une heure de route pittoresques à travers champs et petits villages (c’était jour de marché un peu partout, et notre bus devait ralentir pour traverser la rue principale transformée en souk), on a fait un autre arrêt dans une station service. Motif: une dame voulait aller aux toilettes! Il n’y a que dans les pays du tiers monde que ce genre de chose peut arriver dans des trajets de bus! Après, on s’est encore arrêtés pour manger, mais il était trop tôt pour nous et on a donc opté pour une crème glacée (il n’est jamais trop tôt pour ça!). Enfin, vers 12h, on est arrivés à Gjirokastra, après avoir suvi pendant la dernière heure une rivière tumultueuse sise dans une vallée étroite entre deux montagnes. Naturellement, le bus nous a laissé dans les faubourgs de la ville, dans un endroit non indiqué sur la carte!


Un dilemne s’offrait alors à nous: on prévoyait passer quelques heures seulement à Gjirokastra, avant de reprendre le bus en fin d’après-midi vers notre destination finale, la ville portuaire de Saranda. Problème: nous avions nos gros backpacks sur le dos, et se promener avec nos sacs par cette chaleur infernale ne nous enchantait pas (surtout qu’on s’en allait vers la vieille ville, située en haut d’une colline). On voulait donc idéalement les laisser, étant donné qu’on repartait en bus du même endroit, mais on ne savait pas où… On a donc avisé une agence de bus tout près à qui on a demandé si on pouvait leur laisser nos backpacks pour quelques heures. On a été aidé par un gars qui parlait un peu anglais qui a fait comprendre au patron ce qu’on voulait, et finalement il n’y a pas eu de problème (« mais revenez avant 16h, sinon je vais partir et vos affaires vont être embarrées dans le local! »). En sortant, on s’apprêtait à partir à pied vers la vieille ville quand une voiture nous a klaxonné dans le parking. Le gars de l’agence qui parlait un peu anglais était au volant et nous a demandé si on voulait un lift vers le centre! Comme ça avait l’air de beaucoup lui tenter de nous rendre service, on a donc accepté. Il était bien sympathique et avait, comme beaucoup de gens ici, le projet d’immigrer au Canada. Ça lui faisait donc plaisir de nous jaser! Seulement, son projet était un peu inusité car il voulait refaire sa vie non pas à Toronto, Vancouver ou Montréal, mais bien en Saskatchewan! Homme à tout faire, il était prêt à tout apprendre et à faire tout métier pour immigrer! Il nous a finalement laissé dans la vieille ville (non sans qu'il ait d’abord fait un arrêt au guichet automatique), et a naturellement refusé toute somme d’argent qu’on pouvait lui offrir pour le lift, nous disant qu’il se rendait déjà dans ce coin-là de toute manière. On lui a souhaité bonne chance dans ses projets d’immigration et au plaisir de le recroiser dans l’Ouest canadien!


Gjirokastra, qui est une ville généralement assez quelconque, possède cependant un très joli vieux centre, au milieu duquel trône un vieux château. Le château est bâti au sommet d’un pic rocheux, et les vieux quartiers sont éparpillés sur quelques collines situées dans les alentours. Les rues sont en pavés et sont bordées par de vieilles maisons aux murs blanchis à la chaux, avec de grandes fenêtres grillagées à l’étage et de vieux toits en bois noir. L’effet est étonnant (c’est définitivement un style architectural que l’on ne retrouve pas ailleurs, même dans d’autres parties d’Albanie) mais bien joli!


L’attraction principale du coin étant le château, on a donc monté les marches y menant, peinant sous le gros soleil de mi-journée! Une fois franchies les premières fortifications de pierre par contre, on est entrés dans une galerie sous les murailles et on a immédiatement été accueillis par une fraîcheur plus que bienvenue! Après avoir payé nos droits d’entrée, on a débuté la visite, qui commençait par un passage dans la galerie principale du château où étaient entreposés canons et tanks saisis par les partisans communistes aux Italiens et aux Allemands durant la deuxième guerre mondiale. L’histoire du château est en effet liée à son passé militaire récent, lequel est plutôt lugubre. En effet, le château a été utilisé comme une prison par les autorités albanaises, puis italiennes, puis nazies, et enfin par les communistes jusqu’à ce qu’on décrète que l’endroit serait transformé en musée et utilisé à des fins pacifiques. Nombre de prisonniers, pour la plupart des combattants ennemis et non des criminels, ont été torturés et sont morts entre les murs de pierre de ce vieux château, et bien d’autres ont été gardés de longues années dans de vieilles cellules médiévales, dans des condition peu enviables (pour dire le moins)… Une facette méconnue de la Seconde guerre mondiale et qui a (tout comme les canons et les tanks) éveillé mon intérêt, sachant que cette période historique me passionne!


On est ensuite sortis à l’extérieur du château, pour explorer parmi les ruines une vieille tour d’horloge, une scène où se produisent apparemment des événements culturels et différentes salles. Du haut des remparts, on avait aussi une vue superbe sur toute la région, c’est-à-dire sur la vallée de Gjirokastra et sur les montagnes environnantes! On a aussi vu, dans de petites huttes, des tombes fleuries appartenant à un courant particulier de l’islam. Après avoir croisé un groupe de touristes provenant visiblement d’un bateau de croisière (la mer n’est pas trop loin), on est redescendus vers la vieille ville via un autre quartier, où se trouvaient également de jolies maisons.


Comme on n’avait pas encore dîné, on s’est arrêtés dans un petit resto où on a pu manger des spécialités de la région: de délicieuses boulettes de riz et de veau aux herbes! Pendant qu’on savourait le tout, la télé nous faisait parvenir les informations du jour. Il était question de la mort d’un couple de jeunes touristes dans les Alpes albanaises. Selon ce qu’on a pu comprendre, les touristes faisaient un voyage en 4x4 dans la région et avaient été assassinés par balles par des bandits qui voulaient les voler. On savait que la région était un peu une zone de non-droit compte tenu de son isolement, mais à ce point-là? Même si ça avait eu lieu dans une zone que nous n’avions pas visité, le tout avait eu lieu quelques jours seulement après notre passage dans la même région! C’est donc à ça que faisait référence Lorenç au déjeuner! Le patron du resto a dû surprendre notre étonnement car il est passé près de nous, a regardé la télé et nous a regardé en balayant de la main, l’air de dire « Ne vous en faites pas! » 


On a ensuite acheté quelques souvenirs dans un petit kiosque tout proche, puis, le temps filant, on est revenus vers l’arrêt de bus au hasard des petites rues. On a repris notre stock (l’agence était toujours ouverte, ouf!) et on a patienté un peu dans le minibus surchauffé. Une demie-heure plus tard, on est partis vers notre destination finale: Saranda, tout au sud de l’Albanie, sur la côte. En chemin, on a traversé le village de Lazarat, gardé par des policiers lourdement armés à l’entrée et à la sortie. En cause: un climat toujours tendu suite à une grosse opération policière et militaire l’an dernier contre les producteurs locaux de marijuana. Pour ceux qui ne le savent pas, la proximité de l’Europe, la relative faiblesse de l’État et une certaine tradition mafieuse ont fait de l’Albanie, et notamment de la région de Lazarat, l’un des endroits d’Europe où il se cultive le plus de marijuana. Jusqu’à l’an dernier, le pot poussait librement dans les champs de Lazarat et la ville était sous l’emprise d’une mafia contrôlant ce commerce bien lucratif. Sous la pression européenne, l’armée et la police ont investi le village l’an dernier. Sauf que les mafieux ont répliqué à coup de mitrailleuses et de lance-roquettes! Ce qui devait être une simple opération anti-drogues s’est donc transformé en bataille rangée, qui a fait de nombreux morts et blessés et a détruit une partie du village. Au final, l’armée a gagné… mais il semble qu’aujourd’hui les champs de marijuana qui pullulaient à Lazarat ont simplement été déplacés dans d’autres régions…


On a ensuite quitté la vallée pour franchir les montagnes le long d’une jolie route où notre chauffeur s’amusait à dépasser allègrement tout le monde dans des virages en épingles à cheveux! Mémé a ensuite commencé à le détester copieusement quand lui et deux de ses acolytes se sont mis à fumer, l’obligeant à respirer dans son foulard pour filtrer l’air vicié!


Enfin, on est arrivés à Saranda en fin d’après-midi. On nous en avait dit beaucoup de mal, mais finalement, ce n’était pas une ville si moche que ça! OK, c’est le genre de station balnéaire avec de gros immeubles en béton face à la mer (on est loin des plages de sable idylliques), mais il y régnait tout de même une ambiance sympathique! Débarqués à la place centrale, on a ensuite marché un bon 20 minutes vers notre destination: le Hairy Lemon Hostel, dont on nous avait chanté les louanges maintes et maintes fois depuis le Montenegro! Disons que ce n’était pas une auberge comme les autres: sis dans une tour surplombant la mer, c’était un appartement transformé en hostel! Toutes les pièces avaient été équipées de lits à étages, et le salon/cuisine faisait office de pièce commune! En arrivant, on a nous a servi des crêpes, ce qui a immédiatement conquis le coeur (et l’estomac) de Mémé!


Il nous restait une heure ou deux de soleil devant nous et on se trouvait dans une station balnéaire: pourquoi ne pas aller se baigner? En cherchant un peu, on a a touvé une petit coin bétonné face à un hôtel où on était seuls pour étendre nos serviettes et aller tester l’eau. Après une grosse journée de chaleur, ce rafraichissement était bienvenu! En prime, on avait la vue sur l’île de Corfou, en Grèce, de l’autre côté du détroit du même nom! Ce détroit est d’ailleurs célèbre en droit international: l’explosion d’un navire de guerre britannique sur une mine yougoslave, au tout début de la guerre froide, a permis à la Cour internationale de justice de rendre une décision phare sur la liberté de navigation et la responsabilité des États que tout bon étudiant en droit de par le monde a eu l’occasion d’étudier! Mon côté nerd était ravi!


On est ensuite revenus à l’hostel puis, à la nuit tombée, on est retournés vers le centre-ville pour manger. On a soupé dans un resto familial, où on a mangé un bon mish turli et des aubergines farcies. Pour terminer la soirée, on a fait un tour sur la promenade en bord de mer très animée, puis on est revenus par les rues un peu trash près de l’hostel avant de tomber dans les bras de Morphée!


À bientôt!


François