Salut! C’est François qui reprend le flambeau pour vous décrire Tirana!
Ce matin-là, à l’auberge, on avait le déjeuner inclus, et on entendait bien en profiter (même si notre expérience du burek au fromage de Shkodra nous avait laissé un goût un peu amer). « Vous avez le choix entre omelette et pain doré » nous a dit le timide volontaire scandinave aux dreads blonds. Wow! Bon, en fait, les omelettes, c’était des oeufs brouillés, et le pain doré était une toast frite dans l’huile: on avait peut-être des attentes trop élevées haha!
Qu’est-ce qu’il y a à faire à Tirana? Tout le monde à qui on posait la question nous disait « Ah, faites le tour guidé de la ville, c’est gratuit et ça vous permet de tout voir en quelques heures! » Pourquoi pas? On s’est donc rendus sur la place centrale de Tirana. Comme toute capitale d'un ex-pays communiste qui se respecte, Tirana possède une place centrale massive flanquée d’immeubles imposants (imaginez la place Tiananmen, à Beijing, mais avec des arbres, du gazon, et beaucoup moins de smog). On a donc attendu notre guide au pied du musée national, en compagnie de la poignée de backpackers qui allait composer notre groupe. Et c’était parti pour un tour de 2h, avec un guide super sympathique qui parlait très bien anglais! Je vous résume ci-dessous les quelques endroits qu’on a visité:
- Place centrale: une visite à Tirana vous amènera inévitablement à voir l’immense mosaïque de l’histoire albanaise qui trône au sommet du musée national. On y voit toute l’histoire locale défiler, des Illyriens de l’Antiquité aux partisans communistes de la 2e guerre mondiale, sous forme d’immenses personnages colorés. En face, près de l’opéra, une statue équestre du héros national, Skanderbeu, trône au milieu d’un terre-plein gazonné. Janissaire ottoman d’origine albanaise ayant vécu au XVIe siècle, Skanderbeu est célèbre pour avoir mené une révolte contre les occupants ottomans et pour avoir réussi à préserver l’indépendance d’une partie de l’Albanie pendant environ 30 ans. Pas un mince exploit pour une bande de rebelles mal organisés, sachant qu’à l’époque, l’armée ottomane était l’une des plus puissantes du monde!
- La vieille mosquée ottomane: au sud de la place centrale se trouve l’un des rares vieux bâtiments de Tirana, une vieille mosquée. Ici, les mosquées sont doublées de hautes tours au sommet desquelles est installée une horloge. Raison: il fallait bien connaître l’heure de la prière! À une époque où personne n’avait de montre, l’horloge publique remplissait ce rôle social bien utile. On a pu monter dans la tour et avoir une vue plus aérienne de la place centrale de Tirana. C’est aussi à ce moment qu’on a commencé à trouver lourd l’un des backpackers australiens de notre petit groupe, un espèce de jeune yo histrionique avec un sac banane (fashion faux pas detected) qui gossait tout le monde à force de toujours interrompre le guide pour donner son inintéressant et simpliste point de vue sur les différents sujets abordés au cours de la visite! Ahlalala…
- En quittant la place centrale, on a zigzagué entre les bâtiments italiens bâtis par le régime de Mussolini (!) et qui abritent aujourd’hui les ministères. Le fait que les Italiens aient construit ces édifices n’est pas anodin. Au moment de leur construction (années 1930), l’Albanie était un pays indépendant, sous la gouverne d’un roi auto-proclamé, Zog 1er. Toutefois, le régime fasciste italien percevait l’Albanie comme une zone stratégique. L’influence italienne, qui allait en grandissant, a finalement atteint son paroxysme quand l’Italie a tout bonnement envahi le pays en 1939… recouvrant du même coup les infrastructures qu’elle y avait elle-même construit. Un bon retour sur investissement… qui ne dura qu’un temps, car les Italiens furent chassés d’Albanie en 1943, peu de temps après la capitulation de l’Italie lors de la 2e guerre mondiale.
- On a ensuite fait un tour sur une rue piétonne ombragée, s’arrêtant en face de ce qui fut jadis le chateau de Tirana (et qui aujourd’hui n’est guère plus qu’un vieux mur). La suite allait être amusante: on s’est retrouvés sur l’avenue George W. Bush. Oui, elle a été nommée en l’honneur de ce président américain que d’aucuns considèrent comme étant l’un des plus mauvais de l’histoire récente des États-Unis. Pourquoi diable choisirait-on de nommer une rue en l’honneur d’un personnage aussi peu enthousiasmant, et pourquoi l’avoir fait en Albanie?? Réponse: après avoir rejeté le communisme au début des années 1990, l’Albanie s’est pris d’un amour indéfectible pour les États-Unis, qui représentaient (et représentent encore pour eux) la liberté et les opportunités dont il avaient été privés si longtemps. Si bien que, quand les États-Unis ont décidé en 2001 d’envahir l’Irak et de recruter des alliés internationaux pour rendre « multilatérale » leur aventure militaire controversée, les Albanais n’ont fait ni une ni deux et ont été parmi les premiers pays à appuyer les Américains dans leur projet d'invasion (au sein d’une coalition d’une quarantaine de pays qui, outre les USA et le Royaume-Uni, était surtout composée de petits États au poids militaire insignifiant, voire ne disposant pas d'armée). Ainsi, des soldats albanais ont combattu (et sont morts) en Irak. Reconnaissant l’appui inconditionnel de leur allié albanais, George W. Bush a eu la bonne idée d’effectuer une visite officielle en Albanie en 2004. Aux dires de notre guide, l’effet de cette visite sur la population albanaise n’a pas été loin d’être orgasmique. Le pays entier était en liesse, envahi d’une fierté sans bornes face à l’honneur que leur puissant ami américain leur faisait, et des foules immenses ont été saluer le président américain à Tirana. Détesté partout ailleurs dans le monde, George W. Bush est donc vu très positivement en Albanie, au point où l’une de leurs rues principales est nommée en son honneur!
- Un passage devant le Parlement albanais fut ensuite l’occasion de discuter de l’autre grand rêve collectif de l’Albanie: rejoindre l’Union européenne. Oui, malgré la crise grecque, l’UE exerce encore un fort attrait pour les Albanais (qui ne manquent d’ailleurs pas de faire flotter à qui mieux mieux le drapeau de l’Union un peu partout, même s’ils n’en sont pas membres). L’Albanie espère pouvoir être un candidat officiel bientôt. On doit saluer l’optimisme national, mais on s’entend qu’on est encore loin du compte (et on ne parle même pas d’être membre plein et entier). En effet, malgré des efforts indéniables, l’économie du pays est à des années-lumières de celles de pays comme la Bulgarie ou la Roumanie (ne parlons même pas de l’Europe de l’Ouest) et la corruption gangrène tout, du monde des affaires à la politique en passant par les services aux citoyens. La démocratie est encore un concept nouveau, et les dérapages sont légion. Bref, peut-être que l’Albanie finira par entrer dans l’Union un jour, mais certainement pas tout de suite…
- Sur le chemin, on a ensuite visité le petit pont ottoman dit « des tanneurs », un autre rare vestige de l’époque pré-communiste. Ensuite, on a longé la rivière, un filet d’eau bien brun et fétide canalisé à la communiste au centre d’une étendue de gazon. Notre prochain arrêt fut la cathédrale catholique moderne où une immense murale en coquillage représentant Mère Teresa (qui d’autre?) nous attendait.
- Tout séjour à Tirana ne saurait être complet sans un passage à la pyramide, une structure affreuse en béton trônant dans un parc. Aujourd’hui désaffecté et couvert de graffitis, l’endroit a été un mausolée et un musée consacrée à Enver Hoxha, le dictateur communiste, une fois celui-ci décédé. À l’époque, les visites étaient fortement recommandées aux citoyens albanais qui ne voulaient pas avoir de problèmes... À la chute du communisme, on a transformé le tout en centre de foires, mais l’endroit était tellement unanimement détesté qu’on a fini par placarder l’immeuble en promettant de le détruire (ce qui n’est toujours pas fait). On peut monter le long des axes de béton très à pic pour atteindre le sommet, ce qu’on a fait pour avoir à nouveau une vue de Tirana! En face de la pyramide se trouve la cloche de la paix. Celle-ci a été fondue à partir de milliers de douilles de balles de fusils récoltées après les troubles de 1997 qui ont mis le pays à feu et à sang. Ces événements sont d’ailleurs particulièrement tristes. Après le communisme, profitant de l’ignorance des Albanais au sujet du système financier, des arnaqueurs ont incité de très nombreux petits investisseurs à acheter de fausses actions en leur promettant des rendements faramineux. Des Albanais ordinaires ont investi leurs épargnes, parfois celles de toute une vie, dans ce qui s’est finalement révélé un vulgaire système pyramidal. Quand la supercherie a été éventée et qu'il est devenu évident que les épargnants ne reverraient jamais leur argent, le pays est devenu fou de rage et ivre de désespoir. Cherchant un bouc émissaire pour leurs malheurs, les citoyens ont accusé leur gouvernement de laxisme. Des émeutes ont éclaté et se sont muées en chaos. Débordées par l’ampleur des révoltes, les forces de l’ordre n’ont pas pu contenir la fureur populaire. Des bâtiments publics ont été incendiés, et les bases militaires prises d'assaut. Avec les armes volées aux militaires, des bandes armées ont pillé les commerces et utilisé leurs fusils contre leurs concitoyens. Quand l’ordre est finalement revenu après un changement de gouvernement, des milliers de personnes étaient mortes et une vague d’incompréhension et de honte s’est abattue sur le pays, les gens réalisant avec peine ce qu’ils avaient fait. C’est en souvenir de ces événements tragiques que la cloche a été fondue…
- Par la suite, on a fait une petite balade dans un parc, où figurent un bunker et un monument aux victimes du communisme. Et puis, on est entrés dans Blloku. Sous le régime communiste, Blloku était le quartier des apparatchiks et des hauts placés du gouvernement. L’endroit était strictement interdit d’accès aux citoyens ordinaires et était gardé par des soldats en armes. On y retrouvait la villa d’Enver Hoxha, qu’on peut encore voir aujourd’hui. De nos jours, Blloku s’est complètement métamorphosé et est devenu l’endroit le plus branché en ville. On y trouve des bars et cafés à la mode (chers, naturellement) et de nombreux bons restaurants. Soulignons également la présence "d’Albanian Fried Chicken (AFC) », un fast-food dont le nom et le logo ressemblaient étrangement à ceux d’une marque connue de restauration rapide...
- Notre dernier arrêt fut la cathédrale orthodoxe de la ville, de construction récente elle aussi (n’oublions pas que les religions étaient interdites sous le communisme). « Coudonc » , vous dites-vous peut-être, « Tirana compte une mosquée, un cathédrale catholique et une cathédrale orthodoxe. Et tout ce beau monde vit bien ensemble? » Eh bien, oui. Il n’y a pas de tensions interreligieuses en Albanie, contrairement à ce qui existe ailleurs dans les Balkans (en Bosnie, par exemple). D’ailleurs, l’une des premières visites à l’étranger du pape François fut en Albanie, en 2014. Inutile de dire que le pays était à nouveau submergé de bonheur: c’était la première visite d’un pape au pays depuis l’existence de l’Albanie! Comme si ce n’était pas assez, le pape a indiqué avoir choisi l’Albanie pour vanter les mérites d’une cohabitation pacifique entre plusieurs religions!
Notre visite a pris fin à la place centrale. En 2h, nous avions vu l’essentiel de Tirana! Notre guide nous a par la suite invités à poursuivre la discussion autour d’un café, ce qu’on a fait. Mémé était bien malheureuse par contre d’être assise à côté du backpacker australien gossant au sac banane, parce que celui-ci fumait clope sur clope! Quand elle lui a fait savoir que sa fumée la dérangeait, il a vu ça comme un bon prétexte d’approche, s’est mis à discuter avec elle et lui a demandé de l’ajouter sur Facebook! Inutile de dire que ce n’était pas une bonne technique… et qu’aujourd'hui M. Banane n’est toujours pas l’ami Facebook de Mémé haha!
On avait faim, alors, en compagnie de deux Suédois du groupe et d’une Singapourienne, on a été mangé un gyros dans un petit resto tout près. « Ce sont les meilleurs de Tirana », nous a assuré le patron, « parce que je suis Grec! » haha! Après, on a erré avec les Suédois dans un marché en plein air. Mémé s’est fait répondre en français par une vendeuse de vêtements! Et dire qu’on a de la difficulté à se faire servir en français quand on passe les douanes canadiennes partout ailleurs qu’au Québec…
Il faisait chaud, alors quand on a vu le stand à gelato un peu plus loin sur la rue on n’a pas hésité! Mémé s’est même resservie 2 fois! On s’entend qu’à 25 cents la boule… on pouvait se le permettre! Au détour de quelques rues, on est revenus sur la place centrale et on a jeté un coup d’oeil à l’opéra pour voir si, par hasard, il n’y aurait pas quelque chose qu’on pourrait aller voir ce soir-là (musique, danse, opéra, théâtre, on était ben ouverts). Eh bien non, c’était fermé aujourd'hui. On ne comprend pas: en 5 ans de voyages ensemble, du Vietnam au Brésil en passant par l’Ouzbékistan, on a JAMAIS eu de chance avec les opéras! Où qu’on aille, c’était systématiquement fermé, que ce soit pour l’été, pour des travaux, ou simplement parce qu’on était là la mauvaise journée. Pourtant, ces places-là offrent très souvent des performances artistiques d’excellente qualité pour une bouchée de pain. Très frustrant!
Après un petit passage dans la librairie anglophone voisine, on a quitté notre ilôt de climatisation pour prendre le bus vers le téléphérique, l’autre grosse attraction de Tirana. À Tirana, prendre le bus est un acte de foi. Non pas que la qualité des bus soit plus médiocre qu’ailleurs dans les pays du tiers monde, ou que la ville ne soit particulièrement étendue ou dotée d’un urbanisme complexe. En fait, le problème tient surtout au fait que les destinations indiquées sur les bus sont franchement opaques. Pour aller au téléférique, on devait prendre un bus marqué « Porcelani ». Or, seul quelqu’un qui a grandi à Tirana (ou qui a demandé à quelqu’un, comme nous) peut savoir que « Porcelani » fait référence à une ancienne fabrique de céramique située non loin du téléphérique!
Le bus nous a laissés à une fourche au milieu de rien, dans la banlieue de Tirana. Aucune trace du téléphérique. Avisant une dame de l’autre côté de la rue, on lui a demandé notre chemin en anglais. Et celle-ci de nous répondre dans un bon anglais qu’elle sera heureuse de nous aider et que son mari et elle se dirigent justement du bon côté! On a rapidement appris qu’elle avait vécu longtemps à New York, et que son mari possédait un petit casino qui était son gagne-pain. « Ce n’est pas bien de faire de l’argent sur le dos des gens, mais il faut bien vivre! » a-t-il laissé tomber avec un demi-sourire! Ils nous ont indiqué la bonne rue puis on les a quittés après une bonne poignée de mains. 100 points pour l’Albanie et ses sympathiques habitants!
Après avoir acheté des poires et des cerises, on a marché sur la rue. Un groupe de papys qui jouaient aux échecs a tenu à faire savoir à Mémé qu’elle était jolie dans un anglais châtié (« I love you! »), puis on est arrivés au fameux téléphérique, lequel était désert. Et on a alors eu le dialogue suivant avec la guichetière bête:
François et Mémé: How much is it?
Guichetière : 800 leks.
F + M: How much is it per person?
Guichetière: 800 leks.
F + M: Is there a student price?
Guichetière: 800 leks.
F + M: No, I mean, is there a student price?
Guichetière: 800 leks.
F + M: …
On a donc payé 800 leks et on est montés dans ce qui est, selon la pub. le plus long téléphérique des Balkans. C’est pas rien! :) Pour vrai, on a tout de même parcouru une bonne distance par-dessus les champs, les étangs et en montant au sommet de la montagne qui surplombe Tirana. On était déjà en rase campagne! Tirana n’est pas la ville la plus étendue disons! La vue était plutôt bucolique, mais, malheureusement, celle du sommet était plutôt obstruée par le smog. Toujours plaisant de se rendre compte qu’on respire toute cette saleté! À défaut de profiter pleinement de la vue, on a mangé nos cerises et nos poires. En haut, mis à part le chalet d’accueil, un resto, une base militaire (???) et des stands de foire où gagner des toutous en tirant sur des affaires avec un gun à plomb, il n’y avait pas grand-chose à faire. On a fait le tour d’un vieil immeuble communiste à l’abandon (mais visiblement squatté par de pauvres hères) avant de marcher un peu sur la petite route sous les arbres, en croisant un bunker de temps à autre. En revenant, on a attendu longuement notre téléphérique pour aucune raison apparente, puis on est finalement redescendus. En chemin, Mémé a craqué pour des chiots puis on a pris un bus au hasard vers une destination qu’on estimait être pas trop loin de notre hostel (impossible d’être sûrs toutefois, voir commentaire plus haut sur les bus). Heureusement, l’autobus nous a débarqués pas trop loin et on est donc revenus sans encombres à l’auberge!
J’avais repéré un resto allemand dans Blloku en feuilletant le guide, et Mémé et moi étions tentés de l’essayer. On s’est donc dirigés vers le Blloku by night (il était déjà 21h), où régnait définitivement un ambiance de party! Le repas au Berlin était très bon: j’ai pu manger un bon schnitzel, Mémé des pâtes au gorgonzola et on s’est gâtés avec du vin albanais. À bien y penser, ce n’était pas tellement un repas allemand, mais c’était bon quand même! J’ai eu une belle expérience culturelle dans les toilettes, alors que j’y ai découvert un client qui y fumait allègrement alors que c’était défendu…
De retour vers l’hostel, on a traversé le parc Taiwan (ainsi nommé en l’honneur d’un bâtiment affreux qui aurait appartenu à une compagnie taïwanaise). Il y avait foule (comme partout dans les Balkans, les gens sortent le soir, fuyant la chaleur du jour), et un groupe de musique en plein air jouait. Les gens l’écoutaient cependant de très loin, ce qui était un peu bizarre, mais bon… De retour à l’auberge, on est allés se coucher (après un peu de blog). Un gros gars dégueulasse occupait cependant la couchette sous la mienne et immédiatement adjacente à celle de Mémé. Gros, en bobettes couvrant mal sa craque de fesses et visiblement intoxiqué, il ronflait avec la force du désespoir en aspirant beaucoup de morve à chaque inspiration. Du bonheur pour les oreilles et pour les yeux. C’est ça aussi, dormir en auberge de jeunesse!
À bientôt!
François
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